Combattant varié – Calidris pugnax

Espèce vedette – Page référence (partielle) – Disponible pour sponsoring
Famille des Scolopacidae (chevaliers, bécassines, courlis…) – Ruff in English
Première publication : 23 novembre 2021 – Dernière mise à jour : 23 novembre 2021

Cet oiseau unique et extraordinaire est en fait très répandu puisqu’il niche depuis le Royaume-Uni (minuscule population), les Pays-Bas et la Scandinavie jusqu’au détroit de Béring via la Pologne et le Kazakhstan. C’est la Sibérie qui accueille, de loin, la majorité des reproducteurs. En hivernage, c’est surtout en Afrique qu’on l’observe ; le continent accueille alors probablement plus de deux-tiers de la population mondiale, peut-être deux millions d’individus. Le reste hiverne principalement en Asie, surtout sur les côtes depuis la Turquie et l’Arabie jusqu’aux Philippines. Quelques hivernants européens complètent le tableau mais ils s’agit de quantités presque négligeables.

Si la nourriture, principalement des invertébrés avec quelques rares petits poissons et des graines, est classique pour un limicole, le comportement de reproduction est absolument unique au monde !

Les mâles s’organisent en arènes ou “leks” pour parader. D’autres oiseaux font ça (depuis les minuscules manakins jusqu’aux gros tétras) mais les détails sont différents. Les mâles se rassemblent, comme chez d’autres, mais ils s’organisent d’une manière inconnue chez les autres oiseaux.

Il y a des mâles “résidents”, qui “possèdent” une partie de l’arène et défendent leur cour avec hargne. Il y a des mâles “marginaux” qui sont tolérés entre les parcelles défendues mais ne possèdent rien. Enfin, il y a des mâles “satellites” qui doivent se contenter de rester en périphérie de l’arène proprement dite. Ils peuvent s’accoupler occasionnellement, mais leur succès individuel est très limité. Ceux-ci ont souvent une collerette blanche, et ils ne représentent qu’une petite minorité des individus (peut-être 2 ou 3%). Il a toutefois été prouvé que leur présence augmente le succès moyen de la population que constitue l’arène et les visiteuses de celle-ci ; cela pousse à la réflexion sur la sélection de comportement à l’intérêt collectif dans la nature. Récemment, on a vu que certains mâles peuvent ressembler à des femelles, un “mimétisme sexuel”, découvert il y a une dizaine d’années en France, chez le Busard des roseaux. Depuis, on remarque cette originalité chez un nombre croissant d’oiseaux différents. À ce stade, les détails sur l’apparition de ces “travestis” ne sont pas bien compris.

Regardez cette vidéo avec de magnifiques mâles nuptiaux et des combats.



Les femelles visitent les arènes, observent les mâles, notamment la beauté de leur plumage et leur comportement, qui comprend des combats, généralement ritualisés. Elle choisit un mâle pour s’accoupler et, ensuite, elle s’occupe de pondre, couver et nourrir les jeunes. Sur cet aspect, la reproduction rappelle celle… des colibris !

Le femelle bricole rapidement un petit nid qui est une simple dépression grattée au sol, cachée dans la végétation, et grossièrement tapissée de quelques tiges et de feuilles. Elle pond trois ou quatre œufs qu’elle couve trois semaines. Les jeunes sont nidifuges et apprennent à se débrouiller seuls avant même d’avoir obtenu leur plumage juvénile complet.

Taxonomie

C’est une espèce monotypique, qui ne rappelle rien d’autre, au point d’avoir été considérée comme appartenant à un genre monotypique, Philomachus. Toutefois, il est génétiquement indéniable que le combattant forme un clade avec trois gros Calidris : le Bécasseau du ressac, le Bécasseau maubèche et le Bécasseau de l’Anadyr. Il y a donc deux solutions.

Soit l’inclure à Calidris, ce que nous faisons ici comme la grande majorité de références, soit diviser les bécasseaux en divers genres, la solution de John Boyd :

  • Calidris (Bécasseau de l’Anadyr, du ressac et maubèche)
  • Philomachus (Combattant varié)
  • Limicola (Bécasseau à queue pointue et falcinelle)
  • Erolia (Bécasseau cocorli)
  • Micropalama (Bécasseau à échasses)
  • Eurynorhynchus (Bécasseau de Temminck, à cou roux, à longs doigts et spatule)
  • Tryngites (Bécasseau rousset)
  • Pelidna (Bécasseau sanderling, variable, des Aléoutiennes et violet)
  • Ereunetes (Bécasseau de Baird, de Bonaparte, tacheté, minute, minuscule, d’Alaska et semipalmé)

On peut légitimement se demander pourquoi le seul de tous ces oiseaux qui ne s’appelle pas “bécasseau” est le combattant. En toute logique, il devrait s’appeler “bécasseau combattant” en français. En fait, il a été décrit comme Tringa pugnax par Linné en 1758. Tringa étant un genre de chevaliers, son premier nom français, qui a été utilisé des décennies, voire plus, était “chevalier combattant”. Ce n’est que dans la seconde moitié du XXème siècle que les experts ont constaté une grande distance avec les chevaliers et encore plus récemment que la proximité avec les bécasseaux est établie. Par exemple, ce n’est qu’en juillet 2014 que l’IOC (International Ornithological Congress) a transféré cet oiseau de Philomachus vers Calidris. Le nom Combattant varié a remplacé “chevalier combattant” dans les années 1990, et ce fut difficile de faire admettre cette modification par les ornithologues de terrain. Un nouveau changement semble donc délicat, même s’il serait logique et cohérent.

Combattant varié, Kasese, Ouganda, décembre 2013
L’adulte internuptial varie de beige à brun (femelle) et de brun à gris clair (mâle), donc ici on voit plutôt un mâle.
Combattant varié, Van, Turquie, septembre 2020
Les femelles adultes et, encore plus, les juvéniles, peuvent être très beiges, au point d’être parfois confondus avec le Bécasseau rousset (ou roussâtre, américain).
Combattant varié, Van, Turquie, septembre 2020
Si spectaculaire en plumage nuptial sur ses arènes, le Combattant varié est un petit limicole peu contrasté qui passe facilement inaperçu lors de sa migration et en hivernage.
Combattant varié, Van, Turquie, septembre 2020
Les ailes ouvertes, on voit bien le blanc des sus-caudales, critère d’identification utile en vol, et ce blanc rejoint celui des flancs.
Combattant varié, Van, Turquie, septembre 2020
Ce mâle adulte est en fin de période nuptiale, en mue. En dehors des zones de reproduction, on ne voit pas les collerettes si spéciales des “guerriers” ! Il se peut, toutefois, que des plumes du manteau, de la poitrine, des flancs gardent leurs couleurs nuptiales, ici noirâtre.
Combattant varié, Van, Turquie, septembre 2020
Une vue différente sur le même individu que celui-ci juste au-dessus, qui montre le dessous de l’aile gris clair relativement uniforme, caractère qui permet souvent une identification assez facile en vol.
Objectifs recherchés pour une page complète :
Images d’arènes de parade avec les mâles nuptiaux ; sponsoring

[Espèce Nº1423 du projet d’encyclopédie holistique]

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sommaire

Photos, tableau et textes © Valéry Schollaert & Marinella Mejia 2021

Liste des autres espèces illustrées : taxonomique – jour par jour

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3 thoughts on “Combattant varié – Calidris pugnax

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