Corneille de Florès – Corvus florensis

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Espèce endémique Niveau 3*** (“super star”) – publiée le 30 mai 2020
Page complète publiée avec ECOLODGES INDONESIA
Famille de Corvidae (geais, pies, corbeaux…)
En anglais : Flores Crow in English

Cette corneille est extrêmement rare avec une population estimée à 1000 individus ou à peine plus. Elle n’existe que sur Florès (petites îles de la Sonde, Indonésie) et aurait déjà disparu du centre et de l’est de l’île. Elle est présente dans l’ouest et, hormis quelques couples isolés, il n’y aurait plus que quatre populations significatives restantes dans les sites suivants : réserve de Wolo Tadho, mont Mbeliling, Sano Nggoang et Nggorang Bowosie. Si la déforestation continue, son extinction sera inéluctable.

Vu sur photo, cette corneille ressemble à des corneilles “classiques” comme la Corneille noire en Europe ou la Corneille d’Amérique. On peut alors se demander pourquoi elle est si rare, alors que les autres espèces sont abondantes et même parfois considérées “envahissantes” (par erreur, lisez ici un exemple avec le Corbeau familier).

Sur le terrain, on comprend mieux que, hormis le plumage noirâtre, ces oiseaux n’ont pas tellement de similitudes. La Corneille de Florès vit en forêt, et on ne la voit presque jamais dégagée de branchages ou de feuillages. En passant des heures à tenter de les photographier, on constate que le comportement est très particulier et que les informations données dans la littérature ne sont pas toujours exactes et souvent très incomplètes.

Découverte progressive des extraordinaires Corneilles de Florès

En arrivant sur Florès, l’idée de rencontrer cette corneille rare était évidemment dans nos esprits. Néanmoins, en voyant son statut d’espèce forestière rare, nous nous demandions si, dans la situation de crise du moment, nous aurions la possibilité d’atteindre une des rares forêts où elle existe encore.

Le premier matin à l’Écolodge Mbeliling, nous avons fait une petite promenade le long de la route principale pour se faire une idée de la région. Après seulement 250 mètres de marche, un cri étonnant s’est fait entendre. De loin, on dirait un gros chat qui émet son miaulement le plus grave. De plus près, ça peut rappeler le cri d’un enfant. D’autres émissions vocales se sont alors faites entendre, rappelant vaguement l’aboiement d’un chien. Sans aucun doute, cette corneille a une voix remarquable et variée. Enfin vaguement en vue tout en étant camouflée dans des branchages denses, elle montre des mouvements de tête et de corps accompagnant un des cris qui s’avère donc plutôt une sorte de chant : il s’agit clairement d’une parade. Intimidation ? Séduction ? Les deux ?

Un autre oiseau répond. Une femelle répondant au mâle semble être le plus probable. Les oiseaux nous laissent s’approcher mais ne se montrent pas en entier une seule fois. Ils s’envolent ensemble vers la montagne. Nous essayons de les suivre sur quelques centaines de mètres mais la végétation dense et le terrain escarpé nous empêchent d’aller plus loin. Les photos sont donc très limitées.

La seconde rencontre a eu lieu en pleine forêt derrière le lodge, la zone du Monarque de Florès et du nid du Rhipidure à calotte brune. D’abord entendue, une corneille est venue marcher au sol pour se nourrir, contredisant la littérature qui prétend qu’elle ne se nourrit que dans les branchages. En réalité, nous l’avons rarement vue manger dans les arbres mais bien plus souvent au sol. Toutefois, il est presque impossible de l’approcher dans ces circonstances.

Presque toutes les fois où nous avons vu ou entendu un ou deux individus au sol, un ou deux autres oiseaux étaient dans les arbres en train de faire le guet. Dès qu’un humain approche, les sentinelles préviennent celles qui marchent et celles-ci s’éloignent alors tout en continuant leur quête de nourriture. Elles laissent toujours un “rideau” de végétation entre elles et le mammifère à deux pattes.

Elles sont très organisées : après un moment, les guetteuses viennent au sol et celles qui ont fini de se nourrir s’installent pour faire le guet.

Lorsqu’il n’y a aucun danger à leurs yeux, elles gardent le silence parfois jusqu’à 90 minutes. On les croirait absentes. Au moindre mouvement suspect, des cris se font entendre et les individus les plus exposés au risque, donc au sol, s’éloignent en marchant ou s’envolent (lorsque l’approche est brutale, par exemple par un promeneur qui ne s’occupe pas des corneilles).

Nous entendions régulièrement les corneilles depuis notre chambre, souvent dans la pénombre du matin ou du soir. Mi-mai, avec l’arrivée de l’hiver, elles se sont rapprochées du lodge et nous avons commencé à les voir près du restaurant, dans le jardin (souvent en conflit avec le Drongo de Florès ou le Loriot de Chine). Un jour, nous l’avons entendue près de la porte du chalet et elle n’est pas partie immédiatement lorsque nous avons ouvert. C’est ainsi que nous avons pu prendre quelques images, avec toutefois un contre-jour.

Dans les jours qui ont suivi, nous l’avons vue plusieurs fois, toujours d’un peu loin mais parfois en entier, depuis notre balcon ! Dans ces conditions, sur fond vert, les teintes bleues sont visibles et on note une zone noirâtre sur les parotiques, à la manière de certains choucadors africains.

Une grosse surprise de plus à l’écolodge, qu’un oiseau aussi rare et exclusif puisse être vu, au moins une partie de l’année, aussi facilement.

Peu de bonnes photos sont disponibles en ligne et les nôtres sont aussi de qualité limitée. C’est un oiseau très intelligent qui ne se laisse pas approcher. Nous ne pouvons toutefois pas quitter le lodge qui nous a permis de voir autant de fois cette corneille sans la partager avec vous. Peu de belles images, mais que d’émotions et de découvertes…

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Terminons avec une photo prise en forêt, illustrant la difficulté de la prise de vue entre les feuilles, les branches et les contrastes de lumière. Nous sommes encore au lodge pour une durée indéterminée, et si de meilleures occasions se présentent, nous mettrons évidemment cette page à jour avec de nouvelles images.

Valéry Schollaert et Marinella Mejia

Taxonomie

Espèce monotypique très distincte des autres Corvus, au point qu’elle puisse mériter un genre distinct. Elle a parfois été mise dans le genre Nesocorax mais elle l’était avec la Corneille de Célèbes et ça c’est une erreur. Ces deux corneilles, bien que toutes les deux forestières, ne sont pas apparentées.

[Espèce Nº881 du projet d’encyclopédie holistique]

VOICI LES AUTRES PAGES SUR DES OISEAUX DE L’ÉCOLODGE MBELILING

Cliquez ici pour voir les paysages et notre description de l’écolodge Mbeliling

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Photos et textes © Valéry Schollaert 2020

Liste des autres espèces illustrées : taxonomiquejour par jour

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