Faut-il nourrir les oiseaux (en hiver) ?

La question est redondante et les réponses des amis des oiseaux, des associations ornithologiques et autres varient. Il n’y a pas de consensus pour plusieurs raisons, notamment que les conseils concernant le choix de la nourriture viennent souvent de ceux qui vendent cette nourriture, ayant ainsi un conflit d’intérêt. Grâce à cet article, vous aurez les informations les plus cruciales et objectives, puisque nous ne vendons rien. Notre seul intérêt est la santé des oiseaux. 

*** Cet article a été publié le 17 octobre 2018 et remis à jour le 29 décembre 2022 ***

Depuis la publication de cet article, il a été complété avec cette vidéo qui a été largement partagée un peu partout et a permis de diffuser l’information du danger des boules de graisse. C’est un premier pas dont nous pouvons être fiers, mais il faut aller beaucoup plus loin. Voyez ci-dessous.

A) NE PAS EMPOISONNER LES OISEAUX QUE VOUS NOURRISSEZ

Quelles que soient les motivations pour nourrir les oiseaux, il semble évident que personne ne veut nuire aux individus nourris. Il y a trois règles absolument essentielles.

  1. Ne jamais donner de graisse, ni “boules de graisse” du commerce pour les mésanges, ni graisse maison. Dans les boules de graisse, il y a du poison toxique, voyez nos explications détaillées ici. La graisse maison, même la plus saine, est quand même trop grasse pour les emplumés. Notez que les filets (en plastique et donc encore source de pollution) ne sont pas sûrs non plus, et les oiseaux se prennent parfois (rarement) les pieds dedans, entraînant une blessure, voire la mort. Toute nourriture transformée perturbe les mécanismes naturels de l’oiseau.
  2. Ne jamais donner de pain, c’est également toxique, voir les explications de la LPO.
  3. Ne pas arrêter brutalement le nourrissage. C’est un peu moins évident mais essentiel. On a constaté que les oiseaux “comptent” sur votre nourriture si vous en donnez tous les jours. Ils se lèvent donc plus tard car certains d’avoir de quoi manger. Si vous arrêtez brutalement en hiver ou durant des intempéries, il est possible qu’ils ne trouvent pas d’alternative suffisamment vite et en meurent !
  4. Ne jamais donner d’insectes, ni insectes d’élevage ni boules aux insectes du commerce. Vu que ce sujet est un peu plus complexe, nous en avons fait une vidéo d’approfondissement que voici.
ForumEconaturalistes

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B) NE PAS EMPOISONNER D’AUTRES OISEAUX

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L’humain ne pense pas assez souvent aux conséquences de ses choix, et le résultat est une biosphère en pleine décrépitude, des populations animales en chute libre et la biodiversité en berne. Les personnes qui nourrissent les oiseaux devraient le faire avec respect. Pour ne pas affecter les autres oiseaux (pas seulement les individus nourris) et leurs habitats, il est important de choisir une nourriture végétale et bio. Les pesticides tuent les oiseaux dans les champs, et la nourriture d’origine animale détruit les habitats naturels (explications détaillées). C’est à retenir quand vous nettoyez la mangeoire, ce qui ne devrait être fait qu’occasionnellement : évitez d’utiliser des produits bactéricides ou des désinfectants chimiques, toujours polluants pour l’écosystème et les oiseaux. L’eau chaude fait parfaitement l’affaire.

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En pratique, l’idéal est de donner des graines de tournesol bio, ou d’autres graines également non pulvérisées.

C) L’EAU SOUVENT PLUS IMPORTANTE QUE LA NOURRITURE

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Beaucoup de gens donnent de la nourriture aux oiseaux, mais beaucoup moins mettent de l’eau à disposition. Or, dans les habitats transformés du monde occidental, l’eau est souvent la première denrée manquante. Si elle est présente, elle peut être polluée, placée à un endroit dangereux ou dans dans un récipient trop profond où les oiseaux ne peuvent pas prendre leur bain. Pire, dans certains cas, ils risquent de se noyer.

Mettre à disposition de l’eau claire, dans un récipient peu profond et accessible (mais attention au point suivant) est souvent d’une aide bien plus précieuse pour les oiseaux que la nourriture.

D) NE PAS METTRE LES OISEAUX EN DANGER

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Cela semble évident… mais c’est pas toujours si facile. Rappelons que l’activité humaine qui tue le plus d’oiseaux au monde est la domestication des chats (détails en vidéo). Si vous avez un chat, vous pouvez le garder dans votre maison, mais pas celui du voisin… donc il faut disposer la nourriture et l’eau de manière à ce que les chats domestiques ne puissent pas y accéder. Parmi les autres menaces artificielles sur les oiseaux, il y a les voitures, les baies vitrées, les fils électriques ou encore les barbelés et les pesticides. Il faut évidemment éviter tous les pesticides et placer nourriture et eau de façon à ce que les oiseaux n’aient pas à traverser une route et se rapprocher des baies vitrées ou fils dangereux pour y accéder.

E) POURQUOI NOURRIR LES OISEAUX ? QUAND ?

Si les points ci-dessus sont généralement acceptés par tous les ornithologues, le malentendu vient plutôt de cette question plus fondamentale. Pourquoi nourrir les oiseaux ?

La question est loin d’être aussi simple. Prenons un exemple qui ne fera pas de polémique pour illustrer. Si les Européens nourrissent surtout les mésanges et autres passereaux, les Américains nourrissent aussi les colibris, oiseaux nectarivores qui n’existent qu’outre-Atlantique. Le nourrissage est très fréquent, notamment dans les lodges touristiques des régions tropicales, permettant ainsi aux visiteurs de bien voir ces oiseaux furtifs et faire d’excellentes photos. L’objectif est donc affiché : se faire plaisir. L’impact pour les oiseaux est négatif, au point que le nourrissage ait été interdit dans beaucoup de parcs nationaux, notamment au Brésil.

Voici un mangeoire à colibri, à Cali (en Colombie).
Ces installations permettent aux touristes d’admirer les colibris facilement, mais elles ne sont pas sans conséquences, au point qu’elles soient interdites dans certaines zones protégées de plusieurs pays d’Amérique latine. Voyez, par exemple, l’extraordinaire Haut-de-chausses à palettes.
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Il y a toutefois d’autres cas de figure. Le Colibri à gorge rubis est un grand migrateur, et les populations du Canada et des États-Unis migrent vers l’Amérique centrale. Les migrateurs doivent prendre d’énormes réserves d’énergie dans le sud des USA car ils traversent d’un coup le golfe du Mexique. La nature étant bien faite, ils arrivent près de la côte du golfe au moment où certaines plantes locales qui leur conviennent sont en pleine floraison. Oui mais… l’humain remplace souvent les essences locales par diverses plantes ornementales qui ne conviennent pas toujours aux colibris, ou qui fleurissent à une autre époque. Ainsi, le nourrissage spécifique de fin d’été dans cette région est vitale pour ces oiseaux… (des images commentées en anglais ci-dessus).

On revient donc en Europe. Quand “faut-il” nourrir les oiseaux ? La réponse est : cela dépend de vos objectifs. Si c’est uniquement pour aider les oiseaux, il y a beaucoup d’autres choses à faire. En encourageant autour de vous les gens à stériliser leurs chats et éviter qu’ils ne sortent, à refuser les insecticides, à encourager la production végétale locale et bio, vous aiderez bien plus les oiseaux qu’en donnant de la nourriture. Dans votre propriété, planter de l’aubépine et du tournesol au lieu des saules pleureurs et des sapins aidera aussi bien plus les oiseaux que quelques graines hivernales. Nous parlerons des jardins écologiques et des nichoirs dans d’autres articles.

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C’est donc la partie la plus difficile : admettre que l’on nourrit pour se faire plaisir, pour attirer les oiseaux près de soi et qu’ils soient bien visibles. Ce n’est pas un crime, il n’y a pas de honte à avoir : c’est magnifique de voir quotidiennement toutes ces adorables boules de plumes à travers la fenêtre du salon. Pourquoi ne pas nourrir et ainsi se faire plaisir, tant qu’on ne nuit pas, en suivant les recommandations expliquées plus haut ?

Ainsi se pose la question du “quand”. Est-ce que nourrir en hiver est plus utile que nourrir l’été ? Est-ce que nourrir toute l’année est un problème ?

Il faut insister sur la régularité hivernale : si vous nourrissez régulièrement, les oiseaux peuvent décider de ne pas partir vers des régions plus clémentes. Si vous arrêtez subitement, ils peuvent alors en mourir ! C’est valable à l’échelle d’une personne comme à l’échelle nationale. Par exemple, les Fauvettes à tête noire anglaises, anciennement migratrices, sont devenues sédentaires. De plus, les oiseaux de Hongrie vont de plus en plus hiverner en Angleterre pour profiter de la nourriture mise à leur disposition dans les jardins. Si pour une raison telle qu’une épidémie de grippe aviaire le nourrissage cessait, ces populations seraient décimées.

Le nourrissage en période de nidification n’est pas plus un problème qu’en hiver mais, encore une fois, il faut éviter de stopper brutalement pour les oiseaux qui y sont habitués. On dit souvent que le problème de nourrir toute l’année au même endroit limite la dispersion naturelle et favorise ainsi les risques d’une maladie contagieuse. Ce n’est pas aussi simple. Les maladies contagieuses aux mangeoires ont une cause bien plus difficile à accepter : c’est la malbouffe encore donnée par la majorité qui affaiblit le système immunitaire des oiseaux qui est à l’origine des épidémies qui surviennent parfois chez les oiseaux des jardins. Pour étudier ça de plus près, nous vous recommandons notre vidéo approfondie.

Pour nous aider à faire circuler les informations et ainsi améliorer les populations d’oiseaux urbains et leur santé, vous pouvez partager cet article, nos vidéos ou encore ce visuel.

Ce visuel permet de comprendre facilement pourquoi donner de la graisse est une si mauvaise idée. Partagez-le autour de vous !

ET LES NICHOIRS ?

Ouvrir notre vidéo sur les nichoirs !

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ForumFormationOrnitho

OrnithoPassion

Valéry Schollaert – rédigé le 17 octobre 2018, mis à jour le 29 décembre 2022

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Apprenez à identifier les oiseaux de France avec nos panneaux didactiques !

Cliquez sur l’image pour la voir en très grand !

11 thoughts on “Faut-il nourrir les oiseaux (en hiver) ?

  1. Merci pour cet article… PARTAGE : L’Esprit invite aussi à nourrir les oiseaux l’été… Parce que la nourriture sauvage se fait plus rare, à cause de l’urbanisation et des pesticides…

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  2. Bonjour
    Merci pour toutes ces informations 🙂
    Petite question : la litière de mes chats est faite de grains de maîs concassés. Elle est compactante, donc je peux éliminer les crottes et le maïs imbibé d’urine. Et je disperse le reste dans mon jardin. Visiblement les oiseaux sont assez intéressés !
    Après la lecture de votre article, je me demande sin finalement, c’est une bonne idée ! Qu’en pensez-vous ?

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      1. Merci de votre réponse !
        Je me doutais un peu qu’elle serait dans ce sens, en fait 🙂
        Donc ça marche, je mettrai tout ça dans le compost (il y a déjà mes déchets de cuisine, mes rognures d’ongles et coupes de cheveux, ainsi que la litière des matous et la production de mes toilettes sèches, alors un peu plus ou un peu moins….
        Mais au fait, vous êts sorcier ou quoi ? Comment saviez-vous qu je faisais mon compost ? Ça se sent d’ici ? 😛

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