Faut-il nourrir les oiseaux (en hiver) ?

La question est redondante et les réponses des amis des oiseaux, des associations ornithologiques et autres varient. Il n’y a pas de consensus pour plusieurs raisons. Grâce à cet article, vous verrez où sont les points de désaccord mais, surtout, vous aurez les informations les plus cruciales. Commençons par le plus facile.

A) NE PAS EMPOISONNER LES OISEAUX QUE VOUS NOURRISSEZ

bouleamesange.jpgQuelles ques soient les motivations pour nourrir les oiseaux, il semble évident que personne ne veut nuire aux individus nourris. Il y a trois règles absolument essentielles.

  1. Ne jamais donner de “boules de graisse” du commerce pour les mésanges. C’est du poison toxique, voyez nos explications détaillées ici. Notez que les filets (en plastique et donc encore source de pollution) ne sont pas sûrs non plus, et les oiseaux se prennent parfois (rarement) les pieds dedans, entraînant une blessure, voire la mort.
  2. Ne jamais donner de pain, c’est également toxique, voir les explications de la LPO.
  3. Ne pas arrêter brutalement le nourrissage. C’est un peu moins évident mais essentiel. On a constaté que les oiseaux “comptent” sur votre nourriture si vous en donnez tous les jours. Ils se lèvent donc plus tard car certains d’avoir de quoi manger. Si vous arrêtez brutalement en hiver ou durant des intempéries, il est possible qu’ils ne trouvent pas d’alternative suffisamment vite et en meurent !

 

B) NE PAS EMPOISONNER D’AUTRES OISEAUX

pesticides2L’humain ne pense pas assez souvent aux conséquences de ses choix, et le résultat est une biosphère en pleine décrépitude, des populations animales en chute libre et la biodiversité en berne. Les personnes qui nourrissent les oiseaux devraient le faire avec respect. Pour ne pas affecter les autres oiseaux (pas seulement les individus nourris) et leurs habitats, il est important de choisir une nourriture végétale et bio. Les pesticides tuent les oiseaux dans les champs, et la nourriture d’origine animale détruit les habitats naturels (explications détaillées). C’est à retenir quand vous nettoyez la mangeoire, ce qui ne devrait être fait qu’occasionnellement : évitez d’utiliser des produits bactéricides ou des désinfectants chimiques, toujours polluants pour l’écosystème et les oiseaux. L’eau chaude fait parfaitement l’affaire.

En pratique, l’idéal est de donner des graines de tournesol bio, ou d’autres graines également non pulvérisées.

C) L’EAU SOUVENT PLUS IMPORTANTE QUE LA NOURRITURE

Ploceus_cucullatus_nourriture2Beaucoup de gens donnent de la nourriture aux oiseaux, mais beaucoup moins mettent de l’eau à disposition. Or, dans les habitats transformés du monde occidental, l’eau est souvent la première denrée manquante. Elle est en fait souvent présente mais elle peut être polluée ou placée à un endroit dangereux, un récipient trop profond où les oiseaux ne peuvent pas prendre leur bain ou risquent de se noyer, etc.

Mettre à disposition de l’eau claire, dans un récipient peu profond et accessible (mais attention au point suivant) est souvent d’une aide bien plus précieuse pour les oiseaux que la nourriture.

 

D) NE PAS METTRE LES OISEAUX EN DANGER

chat_nourriture1Cela semble évident… mais c’est pas toujours si facile. Rappelons que l’activité humaine qui tue le plus d’oiseaux au monde est la domestication des chats. Si vous avez un chat, vous pouvez le garder dans votre maison, mais pas celui du voisin… donc il faut disposer la nourriture et l’eau de manière à que les chats domestiques ne puissent pas y accéder. Parmi les autres menaces artificielles sur les oiseaux, il y a les voitures, les baies vitrées, les fils électriques ou barbelés et les pesticides. Il faut évidemment éviter tous les pesticides et placer nourriture et eau de façon à ce que les oiseaux n’aient pas à traverser une route et se rapprocher des baies vitrées ou fils dangereux pour y accéder.

E) POURQUOI NOURRIR LES OISEAUX ? QUAND ?

Si les points ci-dessus sont généralement acceptés par tous les ornithologues, le malentendu vient plutôt de cette question plus fondamentale. Pourquoi nourrir les oiseaux ?

La question est loin d’être aussi simple. Prenons un exemple qui ne fera pas de polémique pour illustrer. Si les Européens nourrissent surtout les mésanges et autres passereaux, les Américains nourrissent aussi les colibris, oiseaux nectarivores qui n’existent qu’outre-Atlantique. Le nourrissage est très fréquent, notamment dans les lodges touristiques des régions tropicales, permettant ainsi aux visiteurs de bien voir ces oiseaux furtifs et faire d’excellentes photos. L’objectif est donc affiché : se faire plaisir. L’impact pour les oiseaux est négatif, au point que le nourrissage a été interdit dans beaucoup de parcs nationaux, notamment au Brésil.

colibris_nourriture1

colibris_nourriture2Il y a toutefois d’autres cas de figure. Le Colibri à gorge rubis est un grand migrateur, et les populations de l’est du Canada et des États-Unis migrent vers l’Amérique centrale. Les migrateurs doivent prendre d’énormes réserves d’énergie dans le sud des USA car ils traversent d’un coup le golfe du Mexique. La nature étant bien faite, ils arrivent près de la côte du golfe au moment où certaines plantes locales qui leur conviennent sont en pleine floraison. Oui mais… l’humain remplace souvent les essences locales par diverses plantes ornementales qui ne conviennent pas toujours aux colibris, ou qui fleurissent à une autre époque. Ainsi, le nourrissage spécifique de fin d’été dans cette région est vitale pour ces oiseaux… (des images commentées en anglais ci-dessus).

On revient donc en Europe. Quand “faut-il” nourrir les oiseaux ? La réponse est : cela dépend de vos objectifs. Si c’est uniquement pour aider les oiseaux, il y a beaucoup d’autres choses à faire. En encourageant autour de vous les gens à stériliser leurs chats et éviter qu’ils ne sortent, à refuser les insecticides, à encourager la production végétale locale et bio, vous aiderez bien plus les oiseaux qu’en donnant de la nourriture. Dans votre propriété, planter de l’aubépine et du tournesol au lieu des saules pleureurs et des sapins aidera aussi bien plus les oiseaux que quelques graines hivernales. Nous parlerons des jardins écologiques et des nichoirs dans d’autres articles.

C’est donc la partie la plus difficile : admettre que l’on nourrit pour se faire plaisir, pour attirer les oiseaux près de soi et qu’ils soient bien visibles. Ce n’est pas un crime, il n’y a pas de honte à avoir : c’est magnifique de voir quotidiennement toutes ces adorables boules de plumes à travers la fenêtre du salon. Pourquoi ne pas nourrir et ainsi se faire plaisir, tant qu’on ne nuit pas, en suivant les recommandations expliquées plus haut ?

Ainsi se pose la question du “quand”. Est-ce que nourrir en hiver est plus utile que nourrir l’été ? Est-ce que nourrir toute l’année est un problème ?

Il faut insister sur la régularité hivernale : si vous nourrissez régulièrement, les oiseaux peuvent décider de ne pas partir vers des régions plus clémentes. Si vous arrêtez subitement, ils peuvent alors en mourir ! C’est valable à l’échelle d’une personne comme à l’échelle nationale. Par exemple, les Fauvettes à tête noire anglaises, anciennement migratrices, sont devenues sédentaires. De plus, les oiseaux de Hongrie vont de plus en plus hiverner en Angleterre pour profiter de la nourriture mise à leur disposition dans les jardins. Si pour une raison telle qu’une épidémie de grippe aviaire le nourrissage cessait, ces populations seraient décimées.

sitta_europaea_nourriture1.JPG

Le nourrissage en période de nidification n’est pas plus un problème qu’en hiver mais, encore une fois, il faut éviter de stopper brutalement pour les oiseaux qui sont habitués. Le seul problème de nourrir toute l’année au même endroit est de limiter la dispersion naturelle et ainsi favoriser les risques d’une maladie contagieuse. Faire une pause estivale semble donc une bonne idée, notamment lorsque les jeunes apprennent à se débrouiller : qu’ils apprennent tout de suite la vraie vie au lieu de devenir fainéants dès le plus jeune âge…

Vous pouvez commenter et poser vos questions ci-dessous ou nous rejoindre sur le groupe Econaturalistes.

Valéry Schollaert – 17 octobre 2018

Plusieurs articles sur ce blog vous permettent de comprendre la vision holistique de la conservation de la nature que nous tentons de communiquer à tous. Voici LA PAGE D’INTRODUCTION À LA VISION HOLISTIQUE où vous trouverez aussi les liens vers les autres articles. 

 

 

 

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One thought on “Faut-il nourrir les oiseaux (en hiver) ?

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