Faut-il polluer pour sauver la vie sur terre ?

Je milite tous les jours sur internet, parfois en voyage, parfois en conférence, via divers autres actions éducatives réelles et virtuelles, pour que mes semblables humains changent de comportement, principalement dans le sens suivant.

  • Exploiter les écosystèmes et ressources naturelles de façon respectueuse, selon une approche de permaculture que j’explique ici.
  • Arrêter de tuer et exploiter les animaux, par respect pour les animaux, mais aussi car c’est nécessaire pour mettre fin à la famine et à la perte de biodiversité, comme expliqué ici. C’est aussi la seule chance de sauver le climat, comme montré dans cette vidéo.
  • Arrêter de produire des tonnes de déchets et les activités industrielles polluantes
  • Consommer local – voyez ici le lien avec le régime végétalien.
  • S’alimenter de façon respectueuse de la santé, des animaux, des plantes… évidemment, ne pas fumer, etc.

Ces actions, qui remettent en cause beaucoup d’habitudes ancrées chez la majorité provoquent évidemment des réactions de résistance. Une des plus classiques est : “toi aussi tu utilises un ordinateur, des moyens de transport (dont l’avion), internet, etc”.

Donc voyons, certes, moi aussi je pollue en vivant tel que je le fais actuellement. Cet article a pour but d’expliquer mes choix, ceux-ci pouvant évidemment évoluer avec le temps. Vos impressions et réactions après lecture sont les bienvenues.

Entre 1991 et 2015, j’ai surtout travaillé comme guide ornithologue et formateur en ornithologie de terrain, toujours en essayant d’œuvrer pour la nature, les animaux, les écosystèmes et la biodiversité à mon niveau, avec mes compétences du moment.

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En particulier lors des voyages pour les groupes, j’essayais d’avoir de la nourriture locale, bio, la plus végétale possible. Diminuer les plastiques au maximum, au point qu’en 2014 – 2015, mes voyages en Ouganda (j’avais une agence sur place et j’y vivais) ne produisaient aucun plastique jetable, sauf ce que les clients achetaient individuellement, ce que nous ne pouvions pas interdire.

Restait ma consommation personnelle. Peut-on agir et vivre en société sans polluer ?

Question qui me taraude depuis des lustres. Lorsque je ne voyageais pas, dans ma maison en Ouganda, je mangeais des fruits et légumes, frais, bio, locaux, produits par une coopérative de la région. J’avais un vélo, consommais de l’eau qui venait de la montagne (Monts Ruwenzori). Bref, oui, on peut vivre avec un impact minimal mais pas nul, évidemment.

Le travail, par contre…  internet, documents, voitures, téléphone, etc. Et les actions éducatives ? Aller donner des cours dans les écoles, les universités : appareil photo pour les images, ordinateur pour les gérer, internet pour s’informer, véhicule pour y aller, projecteur pour montrer les Powerpoint, papiers imprimés pour les élèves… il y avait un impact significatif.

En décembre 2015, j’ai tout laissé tomber. Je passe sur le détail des éléments déclencheurs qui ont été très nombreux, ce sera éventuellement pour une autre publication. Au fond, j’attendais ce moment depuis des années, et déjà en 2014 j’ai tenté une semaine de vie en solitaire dans la forêt des Monts Ruwenzori, justement (photo ci-dessous).

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J’ai atterri, un peu par hasard, dans  une forêt d’altitude moyenne (1500 – 1800 mètres) aux pieds des monts Annapurna, au Népal (lieu en photo ci-dessous). Je n’avais jamais mis les pieds en Asie (hors Moyen-Orient) et n’avais aucune connaissance botanique, je suis ornithologue et pas du tout botaniste.

annapurna1.JPGPourtant, j’ai tenté de vivre uniquement des plantes sauvages, fruits et champignons trouvés dans la forêt. Vivre vraiment sans impact négatif, au point que je ne mangeais plus de racines : ça me désolait de tuer une plante (et a inspiré mon article traitant de ce sujet). Donc je mangeais des feuilles, des baies, des fruits secs, rarement des fruits frais (c’était l’hiver – décembre 2015 – février 2016), quelques fleurs, etc.

Je n’ai pas été malade, au contraire, mais ce n’est pas le propos de cet article. Cela rappelle toutefois ce dont nous parlons ici : manger cru, bio, frais et végétalien est une bénédiction pour la santé.

La principale question était, évidemment, que vais-je faire de ma vie ?

Si je reste là, de fait, mon impact négatif est nul. Mais si je meurs aussi mon impact sera nul. Des gens bien meurent tous les jours, et ça ne sauve pas la biosphère ! Donc, en restant là, je me coupe de toute action qui peut soutenir une issue plus positive à l’extinction de la biodiversité en cours.

Quel dilemme ! J’avais donc deux options.

  1. Rester là, profiter de la beauté de la nature, au calme, le reste de mes jours.
  2. Retourner dans la société, monter des projets encore plus avancés que ceux de mon ancienne agence ougandaise avec des gens plus motivés que mes anciens associés, pour informer, éduquer, montrer l’exemple au mieux.  Bref, agir, mais j’aurai un impact négatif : internet, déplacements, papiers, encre, batteries des appareils photos et ordinateurs, etc…

En termes de pollution, utiliser un ordinateur, voyager, tout ça a des effets négatifs, c’est indiscutable, je le répète car il semble que certains de mes interlocuteurs ne  voient pas que j’en suis conscient !

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Toutefois, il y a deux réflexions vraiment importantes que je voudrais soulever et, si certains le souhaitent, discuter.

Premièrement, un pays comme la Tanzanie qui me servira d’exemple, protège un tiers (oui 33%) de son territoire en parcs et réserves. Là-bas, ça veut dire pas de chasse, pas d’habitation hors infrastructures touristiques autorisées, pas d’agriculture, pas de  bétail, pas d’accès en dehors des chemins et des routes : la nature libre et sauvage.

Dessiner un parc sur un carte ne coûte rien. Faire respecter la loi, par contre, coûte beaucoup d’argent. Anti-braconnage, lutte contre les coupes illégales et l’entrée, tout aussi illégale, des éleveurs avec leur bétail. Il faut aussi ajouter le manque à gagner. Ces millions d’hectares (33% de la Tanzanie c’est environ 30 millions d’hectares) pourraient produire de l’argent avec du maïs, du soja, de l’huile de palme ou autre.

Qui paie ? Dans ce monde, sans argent on ne peut rien faire. Ce n’est pas la Tanzanie, un des pays les plus pauvres du monde, qui va sortir l’argent de son chapeau.

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Quelques forêts peu visitées sont protégées avec de l’argent reçu par l’aide internationale, en particulier de fonds scandinaves (comme les forêts des Monts Rubeho, photo ci-dessus). Les parcs nationaux, toutefois, qui constituent l’essentiel de la surface, sont financés par le tourisme. Cette activité doit avoir un bilan financier positif. Si on était en situation de perte annuelle, les parcs finiraient par disparaître.

Donc il faut du tourisme pour sauver les plus grands espaces naturels restant dans ce monde. Voyez le dilemme : soutenir les vols intercontinentaux en avion, ou laisser disparaître à tout jamais les éléphants, girafes, lions et des milliers d’autres animaux magnifiques !

Chacun peut faire son choix, mais entre l’avion qui ne représente que 2% des émissions de gaz à effet de serre (plus de 3% pour internet et environ 20% pour l’élevage), dont on pourrait facilement diviser par deux le volume en supprimant les vols de courte distance, les transports de fret aérien et les voyages d’affaire inutiles, d’une part, et la disparition de la grande faune, d’autre part, mon choix, je l’assume, est plutôt de conserver la faune.

Le second exemple est aussi tanzanien. J’ai vécu en 2010 et 2011 dans ce pays avec une pause de trois mois, ce qui implique que j’ai fais deux allers-retours en avion via Dubaï ou Doha. Le bilan carbone est facile à calculer pour ceux qui veulent.

Quel est le bilan positif de mon travail sur place ? Parmi mes actions, j’ai travaillé avec une biologiste dont j’avais sponsorisé les études. Comme thèse, elle a créé un projet d’étude d’impact des déchets plastiques sur la biodiversité, au lieu des travaux de labos habituels. Son travail, que j’ai piloté dans l’ombre, a été tellement réussi que les ministres de l’environnement et de l’éducation en ont fait un projet national qui a débouché sur l’interdiction des sachets en plastique. Le projet est encore en cours, et selon les informations qu’on m’a envoyées, il s’agit maintenant de trouver une alternative aux bouteilles en plastique.

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Bien sûr, c’est difficile de mesurer exactement quelle est la valeur de mon implication dans ce projet mais, vu que c’était mon idée, que la demoiselle a fait ses études grâce à quelques centaines d’euros que j’ai apportés, ma présence a été décisive. D’autres pays voisins, notamment le Rwanda, ont interdit les plastiques bien avant.

Aucun doute que c’est la direction qui aurait été prise avec ou sans moi et que mon travail n’a fait qu’accélérer les choses ! Dans tous les cas, même si le résultat n’a été que de précipiter la fin des plastiques jetables de quelques mois, est-ce que ça ne vaut pas un ou deux trajets en avion ? Vous imaginez les millions de sachets plastiques qui auraient été jetés dans la nature, sans ça ?

Il n’y a pas une semaine sans que je ne rêve de retourner dans cette forêt népalaise ou une autre, équivalente, qui peut me nourrir. Quand j’y étais, j’appréciais presque chaque minute, mais j’avais une énorme impression de lâcheté. Je laissais le “monde” s’écrouler sans rien faire pour l’en empêcher… je me sens investi d’une mission ? Sans doute. Ai-je raison ? Je ne sais pas…

Valéry Schollaert – 06 août 2019

Plusieurs articles sur ce blog vous permettent de comprendre la vision holistique de la conservation de la nature que nous tentons de communiquer à tous. Voici LA PAGE D’INTRODUCTION À LA VISION HOLISTIQUE où vous trouverez aussi les liens vers les autres articles.

3 thoughts on “Faut-il polluer pour sauver la vie sur terre ?

  1. C’est avec grand intérêt que j’ai lu vos actions, vos décisions. Je suis impressionné par cette détermination et le raisonnement tenu m’impressionne. Pour autant, même si , quotidiennement je fais toujours le choix le moins négatif en terme d’environnement, mon mode de vie vous ferez blêmir.
    En matière d’ornithologie, je me contente d’une paire de Paralux 10×42 et de mon Lars-Jönsson. Habitant dans la région lilloise, je me contente de ce que la nature a à offrir dans cet environnement très urbanisé. J’ai beaucoup à apprendre. Je respecte votre démarche.

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  2. Bonjour Valery, j’ai lu et relu avec grand intérêt votre information. Je la partage bien sur. Mon avis en tant qu’agronome retraité. Nous vivons une époque dangereusement mondialisee qui s’emballe. La Chine s’octroie tous les droits d’ingérence et de génocide aussi. J’ai des amis australiens et africains qui me disent que la Chine vient piller leurs ressources. Chaque prédateur a sa logique justificative. Monsanto abîmé la planète mais se justifie par la phytoprotection. Il tue des innocents par empoisonnement au Brésil mais sa phytopharmacie permet la production de centaines de millions de tonnes de soja. La surconsommation de tout (véhicules, agro-alimentaire) créent de l’emploi comme les transports aériens. Depuis quelques années j”ai adopté la Décroissance. C’ est un état d’esprit permanent qui permet de se recentrer sur l’essentiel, ce que nous sommes. On l’a vu avec 3 mois de confinement covid-19. Les pauvres usines Renault vont licencier. Panique. Pénurie. Violence. Dans 2 mois nous verrons d’énormes 4*4 partout, bruyant et polluant. Ces logiques nous conduisent à la frustration, à la violence. Un philosophe du 18e disait “on a pas le droit de poser un acte mauvais même pour en sortir quelque-chose de bon ! Je suis résolument anti système Chinois et en matière de lutte intégrée agro biologique, je me rends compte que ce frelon asiatique redoutable prédateur est à l’image des autorités chinoises. Si vous avez l’occasion, essayez d’ouvrir en 2, un énorme nid de frelons asiatiques. Vous verrez à l’intérieur une architecture alvéolaire remarquablement prodigieuse et diabolique. Comme la Chine avec son système prédateur. On arrive aujourd’hui à détruire ces nids perchés dans les arbres à 15-20m avec des drones équipés de coutres injecteurs. Défendons nos abeilles ! Cordialement pierre

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