Goéland leucophée – Larus michahellis

Espèce commune – Page de référence – Disponible pour sponsoring
Famille des Laridae (sternes, mouettes, etc.) – Yellow-legged Gull in English
Première publication : 21 juin 2019 – Dernière mise à jour : 13 mars 2022

Larus_michahellis_main.JPGCe grand goéland est commun dans une grande partie de l’Europe et de l’Afrique du Nord, et il est globalement en augmentation. S’il était plutôt méconnu il y a trente ans, car considéré comme le “Goéland argenté à pattes jaunes”, il est maintenant un des Laridae parmi les mieux étudiés et abondamment photographiés ; il est parfois persécuté aussi, car certains l’estiment “trop” abondant.

Cliquez ici pour voir une carte de répartition plus détaillée

Ce goéland est un exemple d’adaptation au monde en évolution hyper-rapide que l’homme a mis en place. C’est un oiseau très opportuniste et sans spécialisation ; pour consommer le poisson qu’il aime manger, il est souvent dépendant d’individus malades, morts ou blessés ; ou alors, il vole la proie d’autres oiseaux. Ainsi, dans un environnement non modifié, il est relativement peu commun. Toutefois, ayant appris à profiter des déchets produits par les humains, dont les rejets de pêches, les dépotoirs, la nourriture laissée par les gens sur les plages ou même sur les terrasses, etc., il devient de plus en plus abondant. Plus il y en a, plus des individus cherchent d’autres ressources et consomment des œufs, des jeunes oiseaux trouvés aux nids, des animaux capturés par surprise, etc.

Les nids sont installés le plus souvent en colonies, qui peuvent totaliser des milliers de couples. La construction est le travail des deux parents qui utilisent de la végétation (y compris aquatique), des plumes et divers déchets (même des os) pour aménager le nid. Celui-ci est installé au sol, près ou sous un buisson, dans une touffe de végétation ou un arbuste et même à la fourche d’un arbre. Comme pour la nourriture, c’est un opportuniste très téméraire et, de plus en plus, il place simplement son nid sur le toit des maisons.

L’incubation (surtout par la femelle) dure quatre semaines et le jeune, qui nage dès ses dix jours s’il naît près de l’eau, s’emplume en six ou sept semaines.

Taxonomie et sous-espèces

Plus les recherches avancent, plus la situation est confuse. Le Goéland leucophée était considéré comme une sous-espèce du Goéland pontique par le passé et, encore avant, comme une sous-espèce du Goéland argenté.

Aujourd’hui, le Goéland leucophée est considéré comme une espèce distincte divisée en deux sous-espèces : la nominale des côtes atlantiques d’Europe de l’ouest et d’Afrique du Nord jusqu’à la Pologne et la Turquie ; et L. m. atlantis dans les îles de l’Atlantique : Canaries, Madère et Açores.

La sous-espèce de l’Atlantique présente un manteau plus foncé et une taille plus petite, rappelant ainsi… le Goéland brun (Larus fuscus graellsii). Le Goéland leucophée présente un cline ouest-est d’oiseaux plus foncés (L. m. atlantis) vers des plus clairs (L. m. michahellis) de façon progressive, au point que les intermédiaires de la côte Atlantique depuis le sud-ouest de la France jusqu’au Portugal soient parfois considérés comme une sous-espèce distincte : L. m. lusitanicus. En réalité, les oiseaux des Açores sont les plus petits et plus foncés, et certains estiment même que le “vrai” L. m. atlantis est en fait limité à cet archipel.

Le Goéland brun montre aussi un cline, mais dans l’autre sens : des plus foncés autour de la Baltique (L. f. fuscus) vers des plus clairs dans les îles Britanniques (L. f. graellsii) via des intermédiaires justement nommés (L. f. intermedius). On est en droit de se demander si ces “atlantis” sont vraiment des Goélands leucophées un peu petits et foncés, ou des Goélands bruns un peu clairs et au bec plus gros ? Ou alors, seraient-il basaux des deux (ils seraient donc “à l’origine” commune des deux) ce qui impliquerait de les considérer comme une troisième espèce ou de regrouper le Goéland brun avec le Goéland leucophée.  Les études génétiques montrent que tous ces goélands sont extrêmement proches les uns des autres, et les résultats de ces études ne permettent pas encore d’avoir une classification indiscutable.

À l’est, les Goélands leucophées sont les plus pâles, et rappellent donc plus le Goéland pontique avec lequel des hybrides sont observés. En Asie mineure, on voit aussi des hybrides avec le Goéland d’Arménie, espèce qui a été anciennement considérée comme une sous-espèce du Goéland leucophée… on imagine que des changements interviendront dans le futur.

Goéland leucophée (L. m. michahellis), Port-la-Nouvelle, France, juin 2019
Cette espèce présente des couleurs un peu plus vives que la majorité des grands Larus. Bec jaune vif, tache rouge étendue et large cercle oculaire rouge.
Larus_michahellis_3fr.JPG
Goéland leucophée (L. m. michahellis), Port-la-Nouvelle, France, juin 2019
Même en vol, les couleurs des parties dénudées sont souvent visibles et facilitent l’identification par rapport au Goéland argenté.
Goéland leucophée (L. m. michahellis), Port-la-Nouvelle, France, juin 2019
Le pattern du dessous de l’aile est crucial pour distinguer les grands Larus entre eux. Chez le Goéland leucophée, le noir du bout de l’aile est étendu et couvre une grande partie de l’aile primaire, aussi bien sur le bord d’attaque que sur le bord de fuite.
Goéland leucophée (L. m. michahellis), Port-la-Nouvelle, France, juin 2019
La nidification, en Méditerranée, se fait souvent sur les immeubles. Les jeunes s’adaptent facilement à ce nouveau mode de vie. Ici, un grand poussin qui a presque acquis son plumage juvénile donne ses premiers coups d’ailes ; il s’envolera dans quelques jours.
Goéland leucophée (L. m. michahellis), Arhavi, Turquie, septembre 2020
Le bec tout noir indique un oiseau de première année (1cy). En septembre, il s’agit d’un juvénile ou d’un oiseau en mue (partielle) vers le plumage de premier hiver (H1). La différence (manteau et scapulaire) n’est pas visible de dessous.
Goéland leucophée (L. m. michahellis), Port-la-Nouvelle, France, juin 2019
Ce plumage marbré des couvertures sous-alaires indique un jeune oiseau. Au vu de la date et du bec clair, il s’agit d’un 2cy (1er été).
Goéland leucophée (L. m. michahellis), Port-la-Nouvelle, France, juin 2019
Les plumes de type juvénile dans les couvertures combinées au bec jaune à tache rouge, l’oeil foncé et le manteau gris uni indiquent un oiseau de 2ème été ou “3cy”. Il se reprodruira possiblement dans deux ans.
Goéland leucophée (L. m. atlantis), Ponta Delgada, Sao Miguel, Açores, Portugal, juin 2015
Les oiseaux des Açores, qui totalisent un nombre relativement faible d’individus (moins de 3000 couples), sont parfois considérés comme les seuls “vrais” L. m. atlantis sur base de leur taille assez réduite et surtout du gris plus foncé du manteau.
Goéland leucophée (L. m. atlantis), Los Cristianos, Ténériffe, Canaries, Espagne, juin 2015
Voici un individu dans son milieu naturel avec sa nourriture favorite. On voit que la couleur du manteau est à peine plus claire que celui pris aux Açores, ci-dessus. Le bec est plus massif, mais c’est lié au dimorphisme sexuel : il s’agit d’un mâle et l’oiseau des Açores, avec sa tête “gentille” et son petit bec, est une femelle.
Goéland leucophée (L. m. atlantis), La Graciosa, Canaries, Espagne, juillet 2017
Vu de dessous, il n’y a pas de nuance remarquable entre les adultes de cette sous-espèce et ceux de la nominale.
Goéland leucophée (L. m. michahellis), Arhavi, Turquie, septembre 2020
À l’autre bout du cline, dans l’est de la mer Noire, les Goélands leucophées nominaux sont bien plus clairs. Le bec terne avec du noir bordant la tache rouge, ainsi que les stries au cou sont les dernières traces d’immaturité. C’est un subadulte (probablement 4cy).
Goéland leucophée (L. m. michahellis), Arhavi, Turquie, septembre 2020
Dans l’est de la Turquie, il y a 4 grands goélands clairs qui cohabitent et peuvent poser des problèmes d’identification : le Goéland argenté, le Goéland pontique, le Goéland d’Arménie et le Goéland leucophée. Celui-ci est le plus abondant et le plus familier sur les côtes nord du pays.

Ayant des photos en grand format de cette espèce, j’en ai publié une sur Flickr. Cliquez sur la photo pour la voir en très grand !

[Espèce Nº537 du projet d’encyclopédie holistique]

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Photos, tableau et textes © Valéry Schollaert, Chantal Lac & Marinella Mejia 2019 – 2022

Liste des autres espèces illustrées : taxonomiquejour par jour

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3 thoughts on “Goéland leucophée – Larus michahellis

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