Hirondelle rustique – Hirundo rustica

Espèce commune – Page de référence – Disponible pour sponsoring
 Famille des Hirundinidae (hirondelles) – Barn Swallow in English
Première publication : 26 janvier 2019 – Dernière mise à jour : 2 novembre 2022

hirundo_rustica_mainVoici un oiseau candidat comme “oiseau le plus connu du monde” et un des plus répandus. Il y a tellement à dire que nous pourrions imaginer faire une catégorie “super-référence” car c’est un cas d’école sur plusieurs points. Étudier cet oiseau extraordinaire permet de comprendre beaucoup d’aspects de la vie des oiseaux… et bien plus encore !

Cliquez ici pour voir une carte de répartition plus détaillée

Les hirondelles sont à l’origine de nombreuses croyances, légendes, expressions et études scientifiques. Le fait qu’elles construisent des nids dans les bâtiments et se rapprochent volontiers des humains, qu’elles soient souvent abondantes, qu’elles effectuent de longues migrations, qu’elles forment parfois de très grands groupes sont autant d’éléments qui expliquent l’intérêt des humains pour les hirondelles, mais il y a plein d’autres surprises pour celui qui creuse un peu plus loin !

Méthode Formation Ornitho : comprendre l’origine des oiseaux !

Les hirondelles sont presque partout dans le monde, mais ça n’a pas toujours été ainsi. Diverses études ont montré que les premières hirondelles proviennent d’Afrique centrale. Ce sont des petits passereaux forestiers qui ont évolué vers un comportement de chasse aérienne, partageant un ancêtre commun avec des familles comme les rousserolles, les cisticoles, les bulbuls et d’autres familles surtout arboricoles.

Ces oiseaux étaient cavicoles, utilisant des cavités dans des arbres, par exemple creusées par des pics et des barbicans. Ils vivaient donc dans la forêt. Cette stratégie est efficace, et les hirondelles sont devenues abondantes dans la forêt africaine, au point qu’elles aient pu coloniser d’autres régions forestières, notamment l’Amazonie. Toutefois, pour parvenir à quitter la forêt et coloniser le monde entier, la dépendance aux cavités naturelles était un frein trop fort. Trouver des insectes volants est facile, c’est une ressource quasiment illimitée. Ainsi, apprendre à construire un nid a été l’événement qui a bouleversé l’histoire des hirondelles. Il y a eu deux stratégies différentes qui se sont développées. L’une consiste à creuser une galerie dans de la terre suffisamment meuble, pour nicher à la manière des guêpiers et martins-pêcheurs. L’autre consiste à construire un nid en boue, ce que fait notre Hirondelle rustique. Cette découverte a permis aux hirondelles de coloniser le monde, mais c’est relativement récent.

Ce qui est passionnant, c’est que si cette évolution a clairement augmenté les possibilités d’expansion des hirondelles, la “vieille” stratégie de nicher en cavité n’a pas échoué pour autant. Les premières colonisatrices vers l’Amazonie ont pu profiter d’une abondance d’arbres et de pics pour prospérer et la diversité d’hirondelles cavicoles y est élevée, encore actuellement. Certaines, comme l’Hirondelle noire, bien connue pour occuper les nichoirs artificiels, ont colonisé l’Amérique du Nord. Les hirondelles les plus primitives, en Afrique, ont toutefois toutes développé la capacité à creuser leur galerie.

Les deux méthodes “modernes” (creuser une galerie et construire un nid en boue) ont réussi partout dans le monde, mais la plus récente des deux (construire le nid) n’a pas encore atteint toutes les régions. La seule espèce concernée qui a atteint le continent américain est notre Hirondelle rustique, qui ne se reproduit que dans la moitié nord. En Amérique du Sud, il y a des cavicoles ainsi que des espèces qui creusent leur galerie mais aucune ne construit de nid en boue.

C’est une arrivée très récente à l’échelle de l’histoire de ces oiseaux, et cela explique que la population nord-américaine de l’Hirondelle rustique soit encore considérée comme une sous-espèce, groupée avec les populations eurasiatiques. Au contraire, plusieurs “cousines” restées en Afrique comme, par exemple, l’Hirondelle d’Angola sont désormais clairement des espèces distinctes.

Des colonisations assez anciennes de l’Asie ont déjà eu le temps d’évoluer en espèces distinctes, notamment en Asie du Sud et en Océanie. Voyez par exemple l’Hirondelle de Java.

Il faut noter que, avant même l’apparition des hirondelles, un ancêtre lointain des colibris, des martinets et des engoulevents, a suivi un schéma semblable en Amérique du Sud. Cavicole à l’origine et encore actuellement pour certains, les Apodidae ont développé une construction de nid différente, souvent à base de salive.

Les deux familles, hirondelles et martinets, ont des traits semblables par évolution convergente (voir notre vidéo sur la convergence évolutive), et ont réussi à coloniser le monde entier avec des stratégies de nidification différentes. Elles sont représentées par un peu moins de 100 espèces chacune. Sur la page de la Salangane des Philippines, découvrez une partie de l’histoire des Apodidae (martinets et salanganes) et de leurs stratégies variées pour utiliser ou fabriquer des nids, dont les fameux… “nids d’hirondelles” (parfois consommés en soupe dans les pays asiatiques) qui sont, en fait, des nids de salanganes.

Méthode Formation Ornitho : mode de vie type des hirondelles “modernes”

Les Hirondelles rustiques comme bon nombre d’autres espèces “modernes” dont toutes les Hirundo, construisent un nid en boue : une coupe (environ 20 cm de diamètre horizontal et 10 cm de haut) souvent installée dans un angle ou un coin d’un bâtiment, plutôt à l’intérieur quand c’est possible. Presque toute la population se reproduit dans ou sur des infrastructures artificielles. Un nouveau nid peut se construire par un couple en une semaine ou un peu plus, mais des vieux nids peuvent être réhabilités, ce qui diminue évidemment la quantité de travail. Il y a beaucoup plus de mâles que de femelles, et un mâle peut souvent aider un couple dans sa nidification. Il n’y a toutefois pas de schéma stéréotypé. Des femelles avec plusieurs mâles, des mâles avec deux femelles, des jeunes aidants les adultes, tout a été observé. Des couples isolés sont possibles mais des colonies également.

La femelle couve le plus souvent seule (environ 2 semaines) mais, en Amérique du Nord, elle se fait parfois aider par le mâle (environ 10% du temps). Une moyenne de 5 œufs est constatée pour la première nichée de la saison, souvent un peu moins pour la seconde. Les deux parents (plus les aidants éventuels) apportent la becquée, une trentaine de fois par heure, et ce durant les quelques trois semaines de vie des jeunes au nid. Une fois envolés, ils dépendent encore des parents une semaine pour la nourriture.

Les hirondelles capturent les insectes en vol et ne se reposent pas après la capture comme le font les gobemouches. Elles peuvent se nourrir en vol des heures durant, parfois tout en se déplaçant, notamment durant la migration. Elles sont dépendantes des insectes volants, et c’est ainsi que leur migration post-nuptiale suit les courbes de températures correspondantes à l’éclosion des larves. Des graines sont parfois consommées, notamment en hivernage sur le continent africain.

Les Hirondelles rustiques sont adaptées à beaucoup de milieux différents tant qu’il y a des structures pour nicher et des insectes, mais elles évitent la forêt. Elles sont particulièrement attirées par les milieux humides lors de l’hivernage et de la migration.

Taxonomie et sous-espèces

Beaucoup d’Hirundo sont extrêmement proches de l’Hirondelle rustique, tout particulièrement l’Hirondelle d’Angola et l’Hirondelle de Guinée, toutes deux anciennement regroupées avec la rustique dans une espèce unique. L’Hirondelle d’Éthiopie est considérée comme sœur avec celle de Guinée, donc on l’imagine très proche de la rustique également.

Une dizaine de sous-espèces sont décrites et varient surtout en couleur de ventre et de la poitrine, et l’épaisseur du collier sombre qui souligne la gorge rouge. Le taxon américain, avec le collier interrompu, est parfois proposé comme espèce distincte.

(*) Cette espèce a été choisie par Laurent Builles. Visitez la page de son association Nature en Occitanie. Grâce à lui, la photo ci-dessous a été ajoutée (prise à Ormoc, Leyte, Philippines en janvier 2018 – un immature 2cy en hivernage). Si vous voulez aussi choisir votre espèce préférée, cliquez ici.

Hirundo_rustica_11ph_leyte_philippines_hivernage_immature
Hirondelle rustique (H. r. rustica), Ronda, Espagne, avril 2007
Au printemps, le mâle chante abondamment, perché ou en vol, car il doit faire face à la concurrence de nombreux mâles pour arriver à séduire une femelle.
Hirondelle rustique (H. r. rustica), Cahors, France, juillet 2009
Les juvéniles ont le collier foncé mais il n’y a pas encore de filets à la queue. Les commissures déplumées et colorées sont typiques des jeunes passereaux.
Hirondelle rustique (H. r. gutturalis), île de Samosir, Sumatra, Indonésie, janvier 2019
Le ventre blanc distingue cette ssp des autres de la région. Les couleurs des plumes du juvénile dépendent de l’usure. En effet, les plumes ont poussé au printemps alors que celles des adultes proviennent de la mue post-nuptiale : ces dernières ont donc plusieurs mois de vie en moins. L’usure dépend du comportement de l’oiseau, mais aussi du soleil qui accélère la dépigmentation. Le menton blanchâtre du jeune (à droite) indique donc des mois passés dans des régions ensoleillées.
Hirondelle rustique (H. r. erythrogaster), Denver, États-Unis, avril 2008
La sous-espèce qui niche en Amérique, parfois proposée en espèce distincte, n’est pas très différente de certains autres taxons. Le ventre est plus roux, le collier est interrompu et aussi bleu que la tête.
Hirondelle rustique (H. r. gutturalis), Narra, Palawan, Philippines, octobre 2017
Cette espèce forme des grands groupes et aussi des dortoirs énormes. La photo illustre une infime partie d’un immense dortoir dans toute la ville, rassemblant plus de 10.000 ou 15.000 individus.
Hirondelle rustique (H. r. rustica), Kasese, Ouganda, mars 2015
Ces oiseaux trouvent beaucoup d’insectes à manger au-dessus de l’eau. Plusieurs espèces d’hirondelles et de martinets peuvent se regrouper.
Hirondelle rustique (H. r. gutturalis), Ormoc, Leyte, Philippines, février 2018
Les hirondelles boivent en volant à ras de l’eau le bec ouvert. Elles partagent ce comportement avec les martinets qui boivent ainsi également.
Hirondelle rustique (H. r. ssp), lac Bisina, Ouganda, avril 2014
La poitrine et le ventre orange correspondent à la ssp H. r. transitiva, du Proche Orient. Toutefois, aucune reprise d’oiseau bagué ne confirme la présence d’hivernants en Afrique de l’est. Donc aucune certitude…
Hirondelle rustique (H. r. rustica), Kasese, Ouganda, novembre 2014
Identifier une sous-espèce avec certitude est souvent impossible car, entre les extrêmes, existe toute la gamme d’intermédiaires. Le ventre est ici moins roux que sur l’oiseau du dessus, mais plus roux que chez beaucoup d’oiseaux nominaux. Variations individuelles…

Hirondelle rustique (H. r. erythrogaster), San Miguel de Cozumel (Quintana Roo), Mexique, avril 2021
La variation individuelle de couleur du ventre existe aussi côté américain. Celle-ci est particulièrement blanchâtre pour une “erythrogaster”. Pour rappel, ce nom scientifique est basé sur le grec ancien et signifie “à ventre rouge”. En effet, ερυθρος (eruthros) = rouge et γαστρος (gastros) = ventre.

Voici l’image ajoutée le 31 octobre dans la page “Oiseaux de Xpujil : 100 espèces en 100 promenades” avec des photos prises aux Cabañas Chaac.

Les plumes des sous-caudales sont très abîmées. Ce sont sans doute des plumes qui devaient être muées depuis deux ou trois mois, mais la mue a été retardée pour une raison inconnue. On voit que les longues plumes de la queue sont usées alors que certaines plumes plus courtes sont toute neuves. Ça, c’est normal : les rectrices et rémiges muent sur les quartiers d’hivernage, donc la date n’est pas étonnante. Mais les plumes du corps commencent habituellement dès août, donc les sous-caudales usées sont anormales en novembre.

Pour en savoir plus :

Noms conseillés par l’Encyclopédie Holistique dans 6 langues choisies :

  • Espagnol : Golondrina común (*)
  • Portugais : Andorinha-das-chaminés
  • Allemand : Rauchschwalbe
  • Persan : پرستوی معمولی
  • Italien : Rondine
  • Russe : Деревенская ласточка

(*) En Amérique latine, on l’appelle presque toujours Golondrina tijerita, tijeta signifiant ciseau : c’est une référence à la forme de la queue.

[Espèce Nº391 du projet d’encyclopédie holistique]

spprevious
Choucador de Hildebrandt
spsuivante
Hirondelle de Java
sommaire

Photos, tableau et textes © Valéry Schollaert, Chantal Lac & Marinella Mejia 2019 – 2022

Liste des autres espèces illustrées : taxonomique – jour par jour

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6 thoughts on “Hirondelle rustique – Hirundo rustica

  1. Quel plaisir de voir et de lire toutes les explications, c’est un trésor quand on aime les Hirondelles, les Martinets. Je les trouve tellement fabuleux. Merci infiniment pour ce partage !

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