La longueur de la queue, en vol

L’identification des oiseaux super-facile!

Un critère, deux exemples!

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On entend souvent que tel ou tel oiseau se reconnait à sa “longue” queue. Très bien, mais comment une personne inexpérimentée peut-elle apprécier si une queue est longue ou courte ? Courte par rapport à quoi ? Nous avons scindé cette question en deux, les oiseaux vus lorsqu’ils sont posés seront analysés dans un autre article. Nous allons décrire ici les oiseaux vus en vol, notamment les rapaces. Comme avec beaucoup de critères, une photographie permet de simplifier le travail, mais nous allons aussi parler de la notion “d’espèces de référence” qui facilite beaucoup les identifications sur le terrain et aussi les “découvertes”. En effet, lorsqu’on a l’attention attirée par un oiseau, l’identifier est parfois facile, mais lorsqu’il y a beaucoup d’oiseaux, comment repérer une espèce différente “dans le tas” ? La longueur de la queue est un critère parfait pour ça.

Pour être objectif, il faut comparer la longueur de la queue à quelque chose. Le plus classique, est de la comparer à la largeur de l’aile à la base.  Ceci peut s’utiliser sans grande expérience et, beaucoup plus facilement, sur une image statique que sur un oiseau en mouvement. On va toutefois voir plus bas comment appliquer cela sur le terrain.

Comme beaucoup de critères, il est préférable de l’utiliser en parallèle avec d’autres pour obtenir un bon degré de certitude concernant l’identification. Cependant, lorsque l’oiseau n’a pas des plumes arrachées, cassées ou tombées, c’est un critère très fiable. Il est d’autant plus utile qu’il permet parfois de donner une indication d’âge chez les rapaces, la longueur de la queue d’un juvénile n’étant pas toujours la même que celle de l’adulte. Plus de détails dans notre futur article sur l’âge des rapaces.

Elanus_caeruleus_queue1La seule subtilité de ce critère, apparemment un des plus faciles à comprendre, est que l’on peut parfois confondre l’arrière du corps avec la base de la queue, en particulier chez les faucons. Quand la base des ailes (donc au niveau des régimes tertiaires) atteint la base de la queue, il n’y a pas de différence. Il se peut, par contre, que des ailes très étroites laissent un grand espace entre le bout des tertiaires et la base de la queue.

Un exemple ci-contre : l’agrandissement du milieu illustre le problème. La queue ne commence manifestement pas à la base de l’aile. Commence-t-elle alors là ou l’oiseau paraît tout fin (la flèche jaune) ou un peu plus haut (la flèche rouge) ? Dans notre cas, c’est peu important. L’agrandissement du dessous montre que, quelque soit votre choix, cette queue est nettement plus courte que la largeur de l’aile à la base (1/2 ? 2/3 ? 3/4 ?). Or, en Europe, avec de telles ailes pointues, nous n’avons que 3 genres possibles. Les faucons (Falco), les busards (Circus) et les élanions (Elanus). Les faucons et les busards ont une queue longue, environ égale à la largeur de l’aile à la base. Seul Elanus a une queue plus courte. Il n’y a qu’une espèce en Europe : l’Élanion blanc. L’identification est terminée… trop facile ?

Sans doute vous demandez-vous où trouver ces informations, comme la longueur de la queue des différents genres. C’est un des aspects majeurs des publications sur notre site. Nous allons progressivement vous informer des tout ça avec des articles, des pages familles, des leçons d’identification, etc.

Voyons deux exemples concrets.

Exemple 1 : Faucon crécerelle et Faucon hobereau

Les Faucons hobereau (Falco subbuteo) et crécerelle (Falco tinnunculus) sont deux espèces communes et assez répandues en Eurasie et en Afrique. Ce sont aussi les deux Falconidae les plus communs en Europe occidentale.  Leur plumage est significativement différent, mais les faucons sont souvent vus de loin, et l’identification doit alors se faire à la silhouette et à la façon de voler. Lorsqu’ils chassent, cette dernière est également caractéristique entre le chasseur aérien (l’hobereau capture oiseaux et insectes en vol) et le chasseur au sol (le crécerelle capture surtout les mammifères et reptiles au sol). En migration ou autre déplacement, lors d’un vol glissé ou circulaire, les proportions deviennent alors le critère principal.

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La longueur de la queue permet une distinction assez directe. Chez le F. hobereau, la queue est toujours plus courte que la largeur de l’aile à base, comme le montre, ci-dessus à gauche, la flèche rouge (longueur de la queue) comparée à la flèche blanche. Chez le F. crécerelle, la longueur de la queue (flèche rouge) est égale ou même supérieure à la largeur de l’aile à la base (flèche blanche). Si les conditions d’observation ne permettent pas de bien distinguer la base de la queue, vous pouvez utiliser une autre variante. Tout ce qui “dépasse” des ailes par l’arrière (arrière du corps + queue = flèche jaune) est à peine plus long que la largeur de l’aile à la base chez le F. hobereau, alors que c’est significativement plus long chez le F. crécerelle.

falco_tinnunculus_queue1.JPGCette différence, qui peut sembler mineure au premier abord, est en fait très visible quand on a l’habitude de voir l’un des deux (en général, le Faucon crécerelle est beaucoup plus commun). Voyez plus bas la notion “d’espèce de référence” qui vous aidera. Notez que le F. hobereau n’a pas que la queue plus courte que celle du F. crécerelle, ses ailes sont aussi plus étroites, donnant un aspect beaucoup plus “ramassé”.

Ci contre, vous voyez un faucon dans de bonnes conditions, mais le bas ventre uni roussâtre pâle vous fait hésiter. L’oiseau paraît être un F. crécerelle, mais ce bas ventre rappelle celui des F. hobereau 2cy (voir âge des oiseaux). Regardez la queue, dont la longueur est rapportée par la flèche blanche. Elle est plus longue que la largeur de l’aile à la base. L’identification est terminée : c’est un Faucon crécerelle.

Falcu_subbuteo_queue1Ci-contre, voyons un autre faucon. Vu de loin et dans la grisaille, les couleurs ne sont pas utilisables (la photo est mise en noir et blanc pour éviter de se faire “polluer” par les couleurs). On est méfiant car il  s’agit d’un juvénile : chez les rapaces, le liseré blanchâtre dans les grandes couvertures sus-alaires, indiqué par la flèche pointillée jaune, indique presque immanquablement un juvénile (ou un oiseau en mue post-juvénile). Utilisons alors notre critère de structure, bien souvent plus fiable que le plumage. La queue (flèche verte reportée sous l’aile en blanc pour la visibilité) est plus courte que la largeur de l’aile (flèche rouge). C’est un Faucon hobereau.

Notez aussi que l’espace entre le bout des ailes et la base de la queue, donc sur notre montage entre le bout droit de la flèche verte et le bout gauche de la flèche rouge est grand. Ceci est du à l’étroitesse de l’aile, ce qui confirme, s’il le fallait, notre identification.

 

Exemple 2 : Buse (variable) et Bondrée (apivore)

Deux rapaces “planeurs” sont très répandus en Eurasie et en Afrique, et sont souvent considérés comme difficiles à distinguer. La Bondrée apivore (Pernis apivorus), monotypique, est un rapace grand mais très léger qui se reproduit assez discrètement en Eurasie et hiverne complètement en Afrique. C’est néanmoins souvent le plus abondant des oiseaux de proie sur les sites d’observation de la migration autour de la Méditerranée, au Moyen-Orient et dans le sud-est de l’Europe. La Buse variable (Buteo buteo), un peu plus petite mais plus massive, est plus complexe. Plusieurs sous-espèces sont décrites. Certaines sont sédentaires sur des îles atlantiques comme les Canaries ou les Açores. La sous-espèce nominale est abondante en Europe occidentale, peu migratrice, alors qu’elle est commune mais presque totalement migratrice en Scandinavie (elle hiverne en Europe occidentale et autour de la Méditerranée). La sous-espèce B. b. vulpinus, parfois appelée “Buse des steppes” est très répandue en Russie, et migre presque totalement vers l’Afrique noire. Elle est donc abondante sur certains sites de passage migratoire, mais les périodes sont décalées par rapport à la Bondrée apivore (elle est plus hâtive au printemps et plus tardive à l’automne). Enfin d’autres populations existent en Asie, mais la plupart sont, depuis peu, considérées comme des espèces distinctes.

Notre critère s’applique de façon très simple, comme pour les faucons, mais sans le problème de l’espace entre le bout des ailes et la base de la queue. On peut aussi l’utiliser pour distinguer la Bondrée apivore de toutes les buses Buteo avec lesquelles elle cohabite, notamment en Afrique. On peut également l’appliquer pour distinguer la Bondrée orientale (Pernis ptilorhynchus), répandue en Asie orientale et méridionale, jusqu’au Moyen-Orient, des buses Buteo avec lesquelles cette dernière cohabite.

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La photo ci-dessus illustre deux adultes et permet plusieurs réflexions importantes. Tout d’abord, la longueur des plumes de change pas selon la position. Ouverte (Buse variable, à droite) ou fermée (Bondrée apivore, à gauche), la longueur ne varie pas. Dans le cas des Accipitridae “planeurs” comme les buses et bondrées, on ne se soucie pas du problème de l’espace (souvent nul) entre le bout de tertiaire et la base de la queue. On trace une ligne virtuelle qui prolonge le bord de fuite des deux ailes (les pointillés jaunes sur l’image) qui sert de base à la mesure. En reportant ainsi la longueur (visible) de la queue, on compare à la base de l’aile. Une longueur environ égale indique une bondrée, une longueur nettement inférieure (environ 2/3) indique une buse.

Si vous avez visualisé et compris ceci, c’est que vous maîtrisez le critère de la longueur de la queue en vol. Toutefois, le cas “buse – bondrée” étant récurrent, nous allons l’approfondir plus précisément entre la Buse variable et la Bondrée apivore. Nous vous rappelons que le critère de la queue seul est souvent suffisant pour distinguer n’importe quelle Buteo de l’ancien monde avec les Pernis. La principale limite vient des juvéniles et oiseaux en mue post-juvénile (jusqu’en 2cy) : chez les buses, la queue paraît alors légèrement plus longue et chez les bondrées… c’est le contraire ! Aïe !

Il y a des critères qui permettent d’identifier l’âge des rapaces, que nous étudierons dans un prochain article. Ici, nous allons voir deux critères “bonus” supplémentaires qui facilite vraiment l’identification de la Buse variable et de la Bondrée apivore, avec une détermination de l’âge en prime. Le premier est illustré sur la photo ci-dessus, en encart. Si les “doigts” (le bout des régimes primaires externes) sont bicolores (base claire, bout noir), on dit parfois “trempés dans l’encre”, alors c’est une Bondrée apivore adulte. Sinon… c’est autre chose : une buse ou une Bondrée apivore “non-adulte” (en Europe, juvénile, puisque les 2cy restent toute l’année en Afrique, les 3cy étant adultes).

Hormis le Milan à bec jaune (dont nous parlons dans l’article sur les “doigts” des rapaces), les rapaces à 5 “doigts” du Paléarctique occidental n’ont habituellement jamais le bec jaune… sauf la Bondrée apivore juvénile. Il ne faut pas confondre la “cire”, plaque protectrice à la base de la mandibule supérieur du bec de la plupart des rapaces, qui est le plus souvent jaune, avec le bec. Il est probable que ce jaune chez la jeune bondrée est un aspect du mimétisme avec les aigles : nous vous en parlerons sur la page de la Bondrée apivore. Pour le résumer simplement, si vous hésitez entre buse et bondrée, mais voyez la base du bec jaune, en Europe, c’est une Bondrée apivore juvénile. C’est notre second critère “bonus” de cette page, illustré ci-dessous, dans l’encart. C’est un critère souvent très visible.

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Ci dessus, on voit que la longueur de la queue de la Bondrée apivore juvénile (à gauche) est presque de la largeur de l’aile à la base, environ 90% alors qu’a droite, la queue de la Buse variable juvénile est à peine plus courte, de l’ordre de 80%. Cette différence est trop faible pour être utilisée seule dans la plupart de cas. Cela indique l’importance d’identifier l’âge d’un rapace pour déterminer l’espèce.

Avec nos deux espèces, c’est facile. Sur la photo comparant les adultes, remarquez le bord de fuite : toutes deux ont une large barre sombre bien nette. Cette barre est absente chez les juvéniles, ou irrégulière entre secondaires et primaires, ou encore très étroite. Pour retenir toutes ces informations, notez que la Bondrée apivore juvénile “fait tout le contraire” des autres. Plus de jaune au bec que les autres rapaces européens, alors que l’adulte n’a pas de jaune du tout, même sur la cire. L’œil du juvénile est foncé, alors que l’adulte a l’œil jaune vif. Le bout de l’aile du juvénile montre beaucoup de noir, alors que l’adulte n’en montre que sur le bout de doigts. La queue est plus courte que celle de l’adulte… et c’est le contraire chez la Buse variable !

Buteo_buteo_queue2Analysons quelques exemples pour éclaircir tout ça.

Ci-contre, on voit un oiseau adulte : le bord de fuite nettement noirâtre est l’indice majeur, et la longueur irrégulière des plumes (impliquant une mue passée) le confirme. L’identification est alors évidente : les “doigts” tout noir, la queue plus courte que la largeur de l’aile sont deux critères éliminant la Bondrée apivore adulte. C’est une Buse variable adulte. L’impression d’un bec jaune sauf le bout est inhabituel. Soit un individu atypique, soit il a mangé quelque chose de jaunâtre, soit un effet d’optique, on ne le saura jamais…

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Voici un oiseau des plus faciles. Une queue dont la longueur approche celle de la largeur de l’aile et le bout des “doigts” noirs à base claire (trempés dans l’encre) : c’est une Bondrée apivore adulte.

Précisons qu’il existe beaucoup d’autre critères. En limitant le nombre d’informations, on améliore l’efficacité et la rapidité d’identification. Le petit bec sombre, l’œil clair, les trois barres caudales, la petite tête… ces détails complémentaires sont bien expliqués dans le “Guide Ornitho”.

 

 

Buteo_buteo_queue1Cette fois, nous avons le plumage le plus difficile des 4 étudiés car il n’y a pas un critère immédiat. Il n’y a pas une grosse barre noitâtre sur le bord de fuite, c’est un juvénile. La queue nettement plus courte que la largeur de l’aile indique une Buse variable. Si vous hésitez sur la longueur de la queue -c’est habituel sur les juvéniles-, notez que le bec n’est pas principalement jaune, écartant la Bondrée apivore juvénile, et les “doigts” tout noirs écarte la Bondrée apivore adulte. L’identité de l’espèce ne fait donc aucun doute.

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Notre dernier oiseau est beaucoup plus facile. Le bec presque tout jaune sauf la pointe indique immédiatement une Bondrée apivore juvénile. Sans ce critère, on voit que la queue est un peu trop longue pour une Buse variable, mais la différence avec l’oiseau ci-dessus n’est pas énorme. Pour une personne expérimentée, c’est souvent suffisant et très utile à longue distance, mais pour les moins habitués, c’est délicat. Pour appartenir rapidement au club des “expérimentés”, il est conseillé de comprendre la notion d’espèce de référence.

La Buse variable est parfaite pour illustrer le concept. En Europe occidentale, notamment durant l’hiver, il y a souvent beaucoup de Buses variables. Nous invitons les observateurs qui veulent progresser dans leurs compétences en identification à observer ces buses avec attention : les regarder longtemps. Automatiquement, des détails comme la longueur de la queue vont être bien mémorisés. Non pas comme proportions en termes de fraction ou pourcentage, mais simplement “l’impression”, le “jizz” dirait certain. En étant conscient de ça, lorsque vous regarderez un “nouveau rapace”, soit il aura une queue “normale” (habituelle), rien ne vous choquera. Ce sera une buse. Soit la queue apparaîtra “trop” courte, alors c’est autre chose : un vautour, un balbuzard ou un aigle du genre Clanga par exemple. Ou alors, si elle apparaît plus longue, vous avez une bondrée, un épervier, un autour, un busard, un Aigle de Bonelli ou botté ou un milan. Ce critère vous aura permis, très rapidement, de repérer un rapace “différent”, et de faire un premier tri. À condition d’avoir bien la Buse variable “en tête” !

Vous pouvez essayer un premier “test” en remontant tout en haut. À gauche, le Vautour moine doit vous paraître avoir une queue ridiculement courte. Au milieu, l’Autour-chanteur à ailes grises semble avoir une queue longue : elle est en fait dans les mêmes proportions que celle de la Bondrée apivore. Enfin, à droite, le Circaète brun vous semble probablement “normal”. Avec une queue qui est d’une longueur d’environ 2/3 de la largeur de l’aile, les proportions sont proches de celles de la Buse variable.

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En Europe occidentale, sur les autres buses comme la Buse pattue ont une queue se même longueur que celle de la Buse variable. Le Circaète Jean-le-Blanc et l’Aigle royal ont une queue à peine plus longue, pouvant alors être confondus avec une buse, mais ils ont plus de “doigts” : voir l’article “les doigts des rapaces“.

Ci-contre, voyez un rapace dont la queue est un peu plus courte que la largeur de l’aile, rappelant les proportions des juvéniles de buses de de bondrées. Les ailes irrégulières indiquent toutefois un oiseau plus âgés, et il n’y a pas de bord de fuite ni de “doigts” noirs. Par contre, il y a 6 “doigts”… c’est un Circaète Jean-le-Blanc.

Vos questions sont les bienvenues sur le Forum Formation Ornitho de Facebook ou ci-dessous dans les commentaires. Il y a d’autres articles semblables sur notre page “Un critère, deux exemples” et des article d’identification plus détaillés ici.

 

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