La présence d’un prédateur ne fait pas diminuer la densité de ses proies

Les mésanges de votre jardin n’empêcheront pas les chenilles processionnaires d’augmenter, même si elles en mangent plein.

Les chauves-souris se gavent d’insectes mais en aucun cas ces invertébrés ne diminueront à cause des chiroptères.

Si un épervier visite votre jardin, les petits oiseaux qu’il mange ne diminueront pas du tout.

La présence des renards et chouettes ne régule pas non plus les campagnols ou les souris.

Les pies, geais et corbeaux ne sont pas responsables de la diminution des merles, rougegorges et verdiers

C’est dans l’autre sens que ça se passe

Grâce à l’abondance des insectes, les chauves-souris vont prospérer, l’arrivée des chenilles processionnaires chez vous permet aux mésanges qui en mangent d’augmenter, la visite de l’épervier indique que les petits passereaux se portent bien et une population viable de chouettes dépend d’une bonne densité de micro-mammifères.

Le facteur de régulation principal d’un animal est sa ressource, donc sa nourriture. D’autres facteurs peuvent aussi être limitants, notamment les supports pour nicher (par exemple des cavités, ce qui explique que les nichoirs peuvent aider des oiseaux cavicoles).

Inversement, les concurrents, eux, font diminuer les populations. Voyons un exemple simplifié, le même principe existant pour tous les autres cas.

Chouette_africaine_strix_woodfordi_kenyaSi une parcelle accueille 1 000 rongeurs adultes, en moyenne. Ceux-ci produisent bien plus de jeunes que nécessaire à la stabilité de la population, ce qui fournit un certain nombre d’individus aux prédateurs, disons 2.500 par an, par exemple. Il est crucial de noter que, si aucun prédateur ne mange ces 2.500 individus, ces derniers devront mourir d’une façon ou d’une autre, notamment de faim, également de maladies car un être affamé a une immunité faible, parce que la parcelle ne peut pas en nourrir plus de 1 000.

Si seules les chouettes en mangent, elles auront une densité en adéquation avec cette source de nourriture. Imaginons l’arrivée de renards qui consommeraient 1.250 rongeurs par an, que se passera-t-il ?

Non, les rongeurs ne vont pas diminuer ! Ce sont les chouettes qui vont diminuer, pour adapter leur densité à la ressource disponible qui a diminué de moitié, donc il y aura deux fois moins de chouettes.

Si on ajoute des buses, idem, il faudra que les chouettes et les renards adaptent leurs nombres pour que ces trois espèces, ensemble, ne consomment pas plus de 2.500 rongeurs

faucon_crecerelle_falco_tinnunculus_kasese_ougandaAinsi, lorsque des agriculteurs mettent des nichoirs pour le Faucon crécerelle, en espérant faire diminuer les campagnols de leurs cultures, ils se trompent. Ils feront éventuellement diminuer les autres prédateurs de campagnols, s’il y en a, mais la densité de rongeurs ne changera pas du tout. S’il n’y en avait pas avant l’arrivée du faucon, les quelques campagnols mangés par le faucon sont des individus qui seraient morts d’autre chose en l’absence du faucon.

Si les agriculteurs régulent les campagnols avec des produits ou des pièges, les prédateurs diminueront. C’est ainsi que l’utilisation de pesticides, pour tuer les insectes ou les rongeurs, même quand il s’agit de produits inoffensifs pour la santé des oiseaux, font toujours diminuer les rapaces.

EFFET DE “PLOUF”

Bien que les mécanismes décrits ci-dessus soient logiques et faciles à comprendre, ils vont à l’encontre des croyances populaires, largement relayées par les chasseurs. Dans un autre article, nous avons démontré tout ça, et le seul contre-argument que nous entendons parfois après lecture est : “oui mais j’ai vu les rongeurs diminuer lorsque le renard s’est installé dans le quartier”.

Hormis le fait qu’une observation personnelle ponctuelle ne prouve rien, il faut se rappeler que les êtres vivants ont un fonctionnement assez lent, ce ne sont pas des circuits électroniques. Dans le cas de l’arrivée d’un nouveau prédateur, il y a un temps d’adaptation qui rappelle le “plouf” d’une pierre jetée dans l’eau.

ploufEn effet, si vous jetez une pierre dans une mare, sous la pierre, durant un instant, l’eau sera moins haute. Ensuite, il y aura un rebond, et l’eau sera plus haute. Il y aura alors quelques vaguelettes et, finalement, l’eau se stabilisera à sa hauteur habituelle.

C’est pareil avec les proies : le prédateur arrive, c’est la panique : certains individus fuient, d’autres sont tués. À ce moment, qui peut durer quelques semaines ou quelques mois, rarement un an ou deux, les proies peuvent être un peu moins nombreuses à l’endroit où se trouve le prédateur (un peu comme l’eau sous la pierre). Ensuite, il y a le rebond : les peureux et incapables de se cacher du prédateur sont morts ou partis, il ne reste que les plus efficaces qui sont ceux qui se reproduisent et transmettent à leur progéniture les bons gestes de protection. Après cette reproduction des plus efficaces, les densités vont être plus hautes qu’à l’accoutumée : c’est le rebond. Mais cette densité trop élevée en relation à la ressource ne peut durer, c’est de nouveau une diminution, puis un rebond plus léger… les vaguelettes. Enfin, la population se stabilisera au niveau habituel, celui qui existait avant l’arrivée du prédateur. Ce dernier n’a donc aucun effet sur la population de ses proies. Il a juste changé leur comportement.

mangouste_ougandaÀ QUOI SERVENT LES PRÉDATEURS ?

Lorsque nous expliquons et démontrons que les prédateurs ne régulent en rien la densité des proies, il nous est souvent demandé “à quoi servent-ils, dans ce cas ?”. La question est, en fait, un peu étonnante, car ils “servent”, comme tous les animaux, par leur présence même : ils sont la vie. Pour que la notion d’utilité ait un sens, il faut préciser à quoi nous cherchons une utilité. Aux humains ? Aux proies ? Aux écosystèmes ?

La liste des rôles de chaque prédateur pourrait faire l’objet d’une encyclopédie tant elle est longue, mais voyons ici deux exemples distincts pour illustrer.

Le premier est pour l’écosystème. Si des herbivores broutent en groupe à un endroit donné, ils peuvent éroder le sol et provoquer un ralentissement de la régénérescence.  Une attaque de prédateur va disperser le groupe, obliger les brouteurs à se déplacer, favorisant ainsi une pression plus étalée et moins concentrée sur les graminées qui vont mieux se régénérer. La présence du prédateur va donc dynamiser l’écosystème, ce qui peut même souvent faire augmenter la population des proies.

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Les éleveurs d’herbivores le savent : il vaut mieux déplacer les bêtes d’une prairie à l’autre avant que celles-ci aient tout brouté, plutôt que d’attendre que le sol soit à nu.

Le second concerne directement les proies : en capturant en priorité les faibles et les malades, le prédateur accélère l’évolution des espèces qu’il attaque vers plus d’efficacité ce qui, au final, dynamise aussi l’écosystème.

MESSAGE À CEUX QUI SONT “CONTRE” LA PRÉDATION

Certaines personnes, dont une partie se qualifie “d’antispécistes” (en réalité, ils devraient plutôt se qualifier de “sentientistes”, nous verrons ça dans un autre article), estiment que la prédation devrait disparaître car elle est source de souffrance. C’est une vision totalement erronée car pas un animal de plus ne meurt à cause des prédateurs. Les animaux meurent pour d’autres raisons et le prédateur offre souvent une mort alternative plus rapide et moins douloureuse.

Sans prédateur, ce sont les conflits, la famine et les maladies qui tuent les animaux concernés. Sans les prédateurs, il y aurait encore plus de souffrance.

Pour finir, rappelons que nous parlons ici des prédateurs sauvages, qui subissent la “pression du milieu” (concurrence, maladies, famines, accidents) et non pas du tout des prédateurs domestiques qui, eux, posent de gros soucis aux écosystèmes comme expliqué dans cette vidéo.

Cet article a un but didactique uniquement et les informations qu’il contient sont démontrées ici. Une vidéo permet aussi de mieux comprendre l’augmentation des chenilles processionnaires, avec ou sans prédateurs.

La notion de surpopulation et les raisons qui peuvent mener des espèces à augmenter de façon, apparemment, exagérée, seront détaillées dans un prochain article. Ces sujets sont déjà abordés partiellement dans le cadre d’une analogie avec l’apparition d’une pandémie qui est, en quelque sorte, une surpopulation de virus ou de bactéries – lisez ici.

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Valéry Schollaert – 16 avril 2020

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