Perruche à collier – Psittacula krameri

Espèce de référence – publiée le 16 octobre 2018
Publication complète – voir la famille des Psittacidae (perroquets, perruches, etc)
En anglais: Rose-ringed Parakeet in English

Psittacula_krameri_main.JPG

Cette perruche est la plus répandue des Psittacidae de l’ancien monde, étant commune sur tout le sous-continent indien et dans plus d’une vingtaine de pays africains (au nord de l’Équateur). Elle fait une adaptation exceptionnelle aux habitats urbains, et s’étend ainsi plus ou moins “artificiellement” vers le Moyen Orient, le sud-est de l’Asie et d’autres régions avec l’aide directe des humains. En Europe, des populations de dizaines de milliers d’individus existent notamment à Bruxelles, Londres et certaines régions de France. Elle est signalée en Amérique du Nord et aux Philippines. Son arrivée en Afrique du Sud est également une introduction involontaire. Elle a aussi été récemment remarquée au Venezuela.

Le comportement de cette espèce est semblable à celui des autres espèces du genre Psittacula, notamment de notre espèce de référence, la Perruche à tête prune mais elle pond jusqu’à 7 œufs qu’elle couve 22 jours. Les jeunes restent plus de 45 jours au nid.

Illustration de la méthode Formation Ornitho

Cette espèce illustre la problématique des espèces introduites et “envahissantes” que nous approfondissons dans notre article. Comme vous pouvez le voir sur notre site avec déjà 6 espèces illustrées, le genre Psittacula est très diversifié. Il appartient à une vaste tribu, les Psittaculini, qui est représenté par une cinquantaine d’espèces d’une quinzaine de genre tous strictement asiatiques ou océaniens avec comme exception notre Perruche à collier et quelques espèces sur des îles de l’océan Indien. Voyez deux Psittaculini : la Perruche érythroptère et la Palette de Palawan.

Psittacula_krameri_3frEn effet, la Perruche à collier est la seule de son genre et de sa tribu à avoir envahi l’Afrique depuis l’Inde. Elle est désormais répandue entre l’Érythrée et le Sénégal, via le nord de l’Ouganda. La population africaine étant classée dans une sous-espèce distincte, cela signifie qu’elle a envahi le continent il y a des dizaines ou centaines de milliers d’années… ce n’est pas un extension “artificielle”. La Perruche à collier est une espèce dynamique et “colonisatrice”. Il n’est donc pas surprenant que les populations installée à Oman et d’autres pays arabes n’ont pas été déterminées avec certitude comme “naturelles” ou “artificielles”. Le Moyen-Orient n’est pas si loin de l’Inde ni de l’Afrique et on est pas étonné de lire que des populations “naturelles” (des P. k. krameri, sous-espèce originaire d’Afrique et pas connue en captivité) ont niché en Israël dans les années ’80 – source.

Cette espèce est donc en expansion depuis des milliers d’années, sans doute avec diverses fluctuations comme toute population et c’est dans ce contexte qu’il faut analyser les arrivées en Europe et ailleurs.

L’urbanisation massive ne date pas de milliers d’année. On constate que les espèces qui s’adaptent aux villes et villages colonisent le monde entier progressivement. Moineau domestique, Pigeon biset (féral), Étourneau sansonnet, Martin triste et Tourterelle turque par exemple. D’autres espèces qui sont adaptées aux cultures “modernes” font de même : Hérons gardeboeufs (désormais 2 espèces), Élanion blanc, Bernache du Canada, etc. Les espèces qui apprécient les déchets des humains (notamment sur les dépotoirs) suivent le même chemin, comme le Corbeau familier.

Notre relation avec la Perruche à collier est à comprendre dans ce contexte. Son expansion n’est pas strictement naturelle : comme pour la Tourterelle turque, par exemple, la cause principale de la colonisation de nouvelles régions est la transformation des habitats par l’homme. Le fait que les arrivées se fassent “à coups d’ailes” (comme apparemment les oiseaux arrivés en Israël qui continueront évidemment vers la Turquie et l’Europe si l’homme la laisse faire) ou que les arrivées se fassent à l’aide des bateaux est un détail sans aucune importance. Avec ou sans aide directe de l’humain, sauf si des programmes d’éradication (= massacre) sont mis en place, ces oiseaux coloniseront toutes les régions où habitent les humains, donc le monde entier.

Taxonomie et sous-espèces

La Perruche de Maurice est son espèce sœur et la Perruche alexandre est certainement un autre proche parent. Les 4 sous-espèces décrites sont peu différenciées avec des petites variations d’épaisseur ou d’intensité de couleur du collier, ainsi que la mandibule inférieure qui est noire chez les femelles de certaines sous-espèces et rouge chez d’autres.

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Mise à jour au 20/11/2018 : nid occupé de Perruche à collier (P. k. manillensis) à Tissamaharama, Sri Lanka, mai 2018.

Psittacula_krameri_srifr6fromraw.JPG

[Espèce Nº289 du projet d’encyclopédie holistique]

Photos et textes © Valéry Schollaert 2018

Liste des autres espèces illustrées: taxonomiquejour par jour

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4 thoughts on “Perruche à collier – Psittacula krameri

  1. Bonjour,
    Je tombe sur cet article car je m’interroge concernant l’évolution en nombre de cette espèce dans ma région (Yvelines). Déjà il y a 10 ans, elles avaient envahi une allée de hauts arbres du parc du château de Versailles. C’était d’ailleurs assez joli à voir et entendre, on se serait cru en vacances sous les tropiques…
    Problème, nourrissant les oiseaux de mon jardin depuis pas mal d’années (les plus fréquents étant des mésanges de différentes espèces, moineaux, verdiers, pique-épèche, pie… par période des volées d’étourneaux), ces perruches qui venaient le plus souvent isolément ou par groupe de 2/3 individus taper mes noisetiers en septembre et qq graines tout au long de l’année, en bonne intelligence avec les autres espèces, envahissent les lieux par familles de l’ordre de la dizaine d’individus. L’effet de meute les rendant alors visiblement agressives avec les autres, parfois même entre elles. Problème, même les pies ne s’y frottent guère. Le couple de pique-épèche tiens tête à 2 ou 3 contre un mais dès que le groupe perruche dépasse 6-8 individus, il se replie aussi. Bref, tout ce petit monde qui a en ce moment des petits à nourrir me semble avoir un problème de cohabitation qu’il est impossible de ne pas voir. Je me pose aussi des questions concernant les chauves souris. Plusieurs passaient nous débarrasser des insectes le soir en terrasse mais elles semblent devenir moins nombreuses.
    Adapter les mangeoires pour les rendre plus difficiles aux formes de bec crochus ne résout pas le problème vu leurs capacités d’acrobate… ce qui ne ferait que les reporter ailleurs ceci dit vu que les prédateurs, en ville, elles n’en ont pas (dans les campagnes environnantes, quelques buses le jour et fouines la nuit limiteraient sans doute les populations)…
    Les anglais se sont laisser dépasser et simplifient désormais la possibilité de les tirer dans son jardin. Ce n’est pas forcément agréable, mais le combat inégal avec les autres espèces qui n’ont pas vraiment une pince coupante en guise de bec ne doit-il pas être ré-équilibré?
    Cordialement

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      1. C’est en effet une réponse avec des éléments de comparaison. Mais s’il y a en effet eu d’autres espèces envahissantes (vous citez par exemple les bernaches), il me semble qu’elles sont rares à être à la fois sédentaires (donc pas, au pire, un problème temporaire pour les autres) et à s’imposer par la force (et non par la seule concurrence pour la nourriture): Je n’ai jamais vu une bernache attaquer un canard malgré la différence de gabarit, ces derniers ne les craignant d’ailleurs pas!
        Alors il reste certes le choix de ne plus nourrir personne, ce qui ne facilitera pas leurs hivers comparé aux autres espèces sans doute plus adaptées… Mais l’oiseau étant attrayant et pas vraiment peureux, voir amical, il est sans doute illusoire d’espérer que tout le monde s’y tienne!
        Par ailleurs, le postulat “introduit ou non, aucune différence” me parait discutable: L’introduction de certains végétaux/algues en mer/insectes sur terre, permettent de constater en accéléré (cycle de reproduction court) que les écosystèmes n’en sortent pas toujours enrichis loin de là, même si les exemples contraires sont sans doute les plus nombreux pour être depuis longtemps au cœur des mécanismes d’adaptation.
        Pas facile de savoir à l’avance et à coup sûr si on est dans la règle… ou l’exception qui la confirme.

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      2. Bonjour,

        Vu que vous avec lu l’article de fond, je vais maintenant répondre précisément à vos questions.

        “Bref, tout ce petit monde qui a en ce moment des petits à nourrir me semble avoir un problème de cohabitation qu’il est impossible de ne pas voir.”

        Nourrir les oiseaux n’est pas une manière de les aider ; on le fait pour se faire plaisir -ce n’est pas interdit, je le fais aussi-, mais ce n’est pas ainsi qu’on sauvera le moindre oiseau de l’extinction. Le fait que les perruches prennent la place aux mangeoires nous dérange car on a envie de “nos” oiseaux se nourrissent chez nous, mais n’indique rien sur la manière donc ces introduits vont s’insérer dans les équilibres écosystémiques.

        “Plusieurs passaient nous débarrasser des insectes le soir en terrasse mais elles semblent devenir moins nombreuses.”

        Il y a 30 ans, à Bruxelles, certains disaient que les “perruches allaient exploser car elles n’avaient pas de prédateurs”. J’ai toujours expliqué qu’il n’y avait aucun rapport. La preuve, la population de Faucon pèlerin explose aussi, notamment car ils mangent désormais beaucoup de perruches, mais cela ne ralenti pas leur progression. De la même façon, les chauves-souris ne “débarrassent” pas la nature des insectes (ce mot me dérange car les insectes sont éminemment utiles), elles sont là s’il y a assez d’insectes mais ne les font pas diminuer. J’explique ça en détail ici.
        https://valeryschollaert.wordpress.com/la-chasse-quel-bilan-au-niveau-ecologique/

        “Je n’ai jamais vu une bernache attaquer un canard malgré la différence de gabarit, ces derniers ne les craignant d’ailleurs pas!”

        Dans la nature, les perruches ne se battent pas avec les passereaux. En mettant à disposition une nourriture artificielle, présentée de façon super-attractive, on crée un problème qui n’existait pas.

        “Alors il reste certes le choix de ne plus nourrir personne, ce qui ne facilitera pas leurs hivers comparé aux autres espèces sans doute plus adaptées…”

        On peut nourrir si on y trouve du plaisir, du moment qu’on ne nuit pas. Nourrir de cachuètes et de graines tournesol bio ne nuit pas, donner de la graisse nuit. Vous pouvez fournir vos graines dans une mangeoire en forme de colonne avec un grillage autour, on les trouve dans le commerce et seuls les petits oiseaux en profiteront.

        “Par ailleurs, le postulat “introduit ou non, aucune différence” me parait discutable”

        Les écosystèmes sont en train de s’effondrer. Les écosystèmes, c’est comme une mécanique. Quand il manque des pièces, le moteur ne tourne plus. S’il vous manque une roue, la voiture ne roulera plus. C’est sur que si vous mettez une roue d’un autre modèle sur votre voiture elle sera moins jolie, mais c’est mieux de rouler que d’être bloqué sur le bas-côté. Les espèces introduites envahissantes survivent car les écosystèmes ont besoin d’elles pour limiter la vitesse d’effondrement.

        “: L’introduction de certains végétaux/algues en mer/insectes sur terre, permettent de constater en accéléré (cycle de reproduction court) que les écosystèmes n’en sortent pas toujours enrichis loin de là”

        Un arbre met des dizaines d’années à pousser. Un écosystème ne se met donc pas en place en quelques années. Pour connaître le bilan d’une introduction involontaire (je suis contre toute introduction, évidemment), il faut des dizaines d’années de recul. Ce sera d’ailleurs dans mon article suivant : j’ai pu voir récemment, sur le terrain, une région où des espèces ont été introduites depuis longtemps et j’ai pu constater comment cela se met en place sur du plus long terme.

        En attendant, je vous défie de trouver une seule espèce introduite, en France ou en Belgique, qui a appauvri la biodiversité sur du long terme. De plus, la biodiversité n’est pas une fin en soi, ni même un bon indicateur de l’état de la nature. La nature tend toujours vers plus de biomasse, et non pas plus de biodiversité ; celle-ci est un outil qui permet à la nature de progresser (en biomasse) et pas le contraire.

        “Pas facile de savoir à l’avance et à coup sûr si on est dans la règle… ou l’exception qui la confirme. “

        Quand la population de perruches a commencé à envahir Bruxelles, les ornithos hurlaient que le Pic vert, la Sittelle torchepot et d’autres cavicoles allaient disparaître. Je leur ai dit la même chose qu’à vous. Aujourd’hui, à Bruxelles… ces espèces ont augmenté.

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