Pie-grièche à dos gris – Lanius excubitoroides

Espèce de référence – publiée le 14 décembre 2018
Publication complète – famille des Laniidae (pies-grièches)
En anglais: Grey-backed Fiscal in English

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Cette pie-grièche fait partie des nombreuses “fiscales” d’Afrique mais elle est certainement une des plus originales avec sa longue et large queue bicolore et, surtout, avec son comportement social absolument remarquable.  Tout n’a pas encore été étudié, mais une description relativement satisfaisante de l’organisation des groupes nuptiaux nous servira de référence en la matière et nous profitons de l’occasion pour expliquer le sens de genre de coopération.

Méthode Formation Ornitho : nidification en coopérative !

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Ce qui est important pour la survie d’une espèce est de parvenir à produire plus de jeunes qu’il n’en faut pour assurer la pérennité de la population. Il faut se rappeler que pour presque tous les êtres vivants sauf des espèces grandes et complexes tels que les cétacés, les humains, les gorilles, les éléphants, les gypaètes et quelques autres, réussir une nidification est en quelque sorte l’accident, et non pas la norme. Ainsi, pour beaucoup d’oiseaux, pondre beaucoup d’œufs ou se reproduire plusieurs fois par an ne va pas faire augmenter la population à l’infini : la majorité des œufs et surtout des jeunes produits mourront bien avant d’avoir atteint l’âge adulte. Il s’agit d’assurer que les quelques pour-cents de survie juvénile, voire bien moins chez les invertébrés, assurent la relève. Pour un couple d’oiseaux qui finit sa vie, il faut un autre couple pour le remplacer. Ainsi, sur tous les jeunes produits durant la vie de deux oiseaux, seuls deux d’entre-eux sont destinés à atteindre l’âge adulte. Il s’agit de moyennes, bien sûr.

En temps normal, il y a ainsi une production bien supérieure au nombre nécessaire, et ces individus de plus permettent de nourrir l’écosystème mais aussi de coloniser au mieux des territoires encore inoccupés par l’espèce et de s’adapter à diverses conditions.

Cela corrobore l’idée qu’un grand nombre d’individus adultes non-nicheurs recherchent des territoires, ce qui implique la nécessité pour ceux qui ont un territoire de bien le défendre comme expliqué dans notre vidéo sur le chant des oiseaux.

En cas de problème, de disette exceptionnelle, de phénomène climatique destructeur ou autre, cette stratégie permet de limiter les dégâts et de reconstituer au plus vite une population décimée. Toutefois, on comprend que si un couple sur cinq trouve un territoire, il va devoir passer beaucoup de temps à le surveiller et à chanter. Si ces individus sans territoire, au lieu d’être des concurrents potentiels, aidaient les couples installés, ce serait bénéfique pour l’espèce ! Plusieurs exemples ont déjà été publiés sur ce site avec, par exemple, l’Apôtre gris et le Bagadais casqué. Une autre solution est de vivre en colonie et, parfois, au sein même de grandes colonies, des “sous-groupes” peuvent coopérer, comme dans le cas des Guêpiers à gorge rouge. Voyons les détails pour notre grande pie-grièche africaine.

Malgré son plumage identique à celui du mâle, la femelle a un rôle spécifique différent de celui de ce dernier. C’est elle qui construit le nid (assez petit) mais elle se fait aider par son mâle qui apporte les matériaux. C’est également elle qui couve sans arrêt les œufs (souvent 3) mais elle est nourrie par son mâle et tous les aidants. Les jeunes au nid passent la nuit avec leur maman, mais la journée c’est toute la bande qui les nourrit. Après trois semaines, les jeunes sortent du nid et reçoivent de la nourriture de tout le groupe durant deux semaines supplémentaires avant d’être capables de se débrouiller. Ils restent le plus souvent avec les adultes et deviennent des aidants plus tard (dès six mois).

Il manque une information importante car, selon cette description, il n’y aurait aucun brassage génétique et la consanguinité pourrait finir par poser un problème. La Pie-grièche à dos gris n’est pas un exemple pour nos sociétés qui se veulent égalitaires ! En effet, il semble que les femelles peuvent effectivement aider mais n’auront jamais le droit de se reproduire dans le groupe. Elles devront quitter le groupe, devenir aidante dans un autre groupe pour, finalement, accéder au statut de reproductrice. Les mâles, quant à eux, peuvent devenir reproducteurs dans le groupe de leur naissance.

Taxonomie et sous-espèces

Cette Lanius est bien distincte des autres. Les espèces les plus proches sont probablement les taxons du vaste et complexe groupe de la Pie-grièche grise d’une part et la Pie-grièche à longue queue d’autre part. Des différences mineures, notamment d’intensité du gris et de longueur de queue, sont à l’origine de la division en trois sous-espèces. Elles existent toutes en Ouganda et se répartissent comme suit : de l’ouest de l’Ouganda à la Mauritanie (nominale), du nord-est de l’Ouganda à l’Éthiopie (L. e. intercedens) et du centre de l’Ouganda au sud de la Tanzanie (L. e. boehmi).

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[Espèce Nº348 du projet d’encyclopédie holistique]

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Photos et textes © Valéry Schollaert 2018 – 2019

Liste des autres espèces illustrées : taxonomiquejour par jour

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