Piqueboeuf à bec jaune – Buphagus africanus

Espèce de référence – publiée le 7 juin 2018
Publication complètefamille des Buphagidae (piquebœufs)
En anglais: Yellow-billed Oxpecker in English

Buphagus_africanus_mainCet oiseau appartient à une famille de deux espèces superficiellement très proches: le comportement habituel, la nidification et l’habitat sont pareils; au point que les deux espèces sont parfois rencontrées sur le même animal. Ainsi, les informations générales sont toutes publiées sur la page de la famille alors que celle-ci s’intéresse plus en détail à l’existence et la cohabitation de deux espèces aussi semblables mais génétiquement bien séparées.

Le comportement de nidification, la nourriture, l’habitat et toutes les caractéristiques écologiques sont identiques ou virtuellement identiques chez les deux espèces, et tous les détails sont donnés sur la page de la famille. On y trouve aussi les répartitions géographiques respectives et quelques informations sur l’identification.

Les informations spécifiques à l’un ou l’autre des taxons sont donc très limitées, ce qui est assez habituel dans le cas d’allo-espèces (“allo” car ne cohabitant pas ou quasiment pas lors de la nidification) mais très étonnant dans le cas d’espèces biologiquement et génétiquement bien distinctes qui cohabitent; cette situation est un mystère scientifique et cette page va tenter de résumer et vulgariser la signification de tout ceci.

Taxonomie et sous-espèces

Les individus des populations situées dans la partie occidentale de l’Afrique centrale, du Gabon à l’Angola, sont un peu plus petits et plus foncés et sont regroupés dans la sous-espèce B. a. langi. Tous les oiseaux illustrés ici sont des nominaux (B. a. africanus).

UNE QUESTION SCIENTIFIQUE SANS RÉPONSE !

Les oiseaux qui sont très proches, au point d’utiliser des niches écologiques équivalentes, de produire une certaine proportion d’hybrides fertiles, doivent forcément être allopatriques (pas de chevauchement de la répartition) ou parapatriques (chevauchement marginal) comme expliqué sur la page de la Tourterelle vineuse; si le flux génétique entre les deux populations est trop grand, alors il s’agit d’une seule et même espèce (sachant que ce “trop” grand est un peu arbitraire).

Si, au contraire, des espèces sont bien distinctes et qu’elles cohabitent, alors pour “supporter” la cohabitation, il faut forcément qu’elles occupent des niches écologiques distinctes. Rarement, on peut avoir des espèces syntopiques, comme l’Œdicnème vermiculé avec l’Œdicnème du Sénégal, qui partagent le plupart des aspects de la niche écologique et vivent côte à côte.  Toutefois, des études détaillées permettent alors de comprendre comment ces espèces proches, “sœurs”, peuvent co-exister. Dans beaucoup de cas, il y a au moins une différence, même légère, notamment de régime alimentaire: par exemple, l’un consomme des plus petits insectes que l’autre.

Le cas de nos deux piquebœufs est un mystère pour la science. Ils ont une morphologie et surtout une écologie virtuellement identique, comme dans le cas d’allo-espèces, mais ils sont génétiquement éloignés (tellement qu’on pourrait envisager de les classer dans des genres différents!) et cohabitent très bien, sans conflit récurrent ni hybridation régulière!

Selon toute vraisemblance, pour vivre côte à côte, partageant même les animaux utilisés, utilisant les mêmes habitats, les mêmes types de nid, la même nourriture, il faudrait quelque chose qui permet une séparation écologique; dans le cas contraire, il y aurai conflits ou une concurrence pour les nids, pour la nourriture, pour les territoires et, forcément, à long terme il y a un gagnant et un perdant. Or, ces oiseaux cohabitent largement, ce n’est pas nouveau, et les conflits sont presque inexistants et l’hybridation rarissime.

Personne n’a jamais trouvé ces variables qui permettent la cohabitation; une étude très détaillée (pdf en anglais) de Walter Koenig en 1997 tente de déterminer ces variables. Ce chercheur a tout vérifié: les espèces de tiques consommées ou préférées, la taille des animaux utilisés, la densité de parasites sur la peau de ces derniers, l’épaisseur de leurs poils, les densités de piquebœufs lorsque les deux cohabitent ou non, les parties respectives des mammifères (tête, flancs, ventre, queue, etc) où ils se nourrissent… rien a été ignoré! Le résultat? Aucune différence notable statistiquement valable. Dans certaines régions, le P, à bec jaune semble favoriser les plus grandes espèces et le plus “sauvages” (buffles, rhinos, giraffe, éléphants) alors que le P. à bec rouge plus généraliste, utilisant volontiers les chèvres, antilopes, vaches (et zébus), etc. Toutefois, si cette impression est partagée par des observateurs de terrain, l’étude qui est globale et statistiquement significative ne montre pas de différence récurrente dans toutes les zones de cohabitation.

Cet article a été partagé par Laurent Raty sur Birdforum -merci à lui pour son aide- qui confirme l’aspect mystérieux de cette situation. Alors, est-ce que les piquebœufs nous livreront un jour leurs mystères, ou devrons nous adapter nos théories à cette exception remarquable? L’avenir nous le dira… sans doute!

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[Espèce Nº158 du projet d’encyclopédie holistique]

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Photos et textes © Valéry Schollaert 2018 – 2019

Liste des autres espèces illustrées : taxonomiquejour par jour

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2 thoughts on “Piqueboeuf à bec jaune – Buphagus africanus

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