Salangane des Philippines – Collocalia marginata

Espèce endémique Niveau 1* (“classique”) – publiée le 28 avril 2020
Publication complètefamille des Apodidae (martinets, salanganes…)
En anglais : Grey-rumped Swiftlet in English

Collocalia_marginata_main_cebu_philippines_oisillon_nidCette petite salangane est répandue aux Philippines d’où elle est endémique. Elle est cependant absente de Mindanao, île sur laquelle elle est remplacée par la Salangane des crêtes (Collocalia isonota). Elle est commune et se rencontre volant au-dessus de tous types de milieux, artificiels comme naturels.

Méthode Formation Ornitho : nidification des salanganes et “nids d’hirondelles”

Si la stratégie de chasse est la même que celle des martinets, comme décrite à la page du Martinet des maisons, parler de la construction des nids peut être l’occasion d’un véritable cours d’éthologie et de taxonomie, les deux sciences étant souvent liées. En effet, si les martinets sont dépendants de cavités, de nids d’autres espèces ou au moins d’un support pour installer leur nid (ou simplement pour pondre sans aucun aménagement), les salanganes, elles, construisent de “A à Z” comme le font, par exemple, les hirondelles du genre Hirundo (voir l’Hirondelle rustique). Toutefois, le type de construction est très différent.

Une caractéristique unique de nombreux Apodidae est de produire une salive très solide qui sert de “ciment” à leur construction. Alors que les colibris et de nombreux passereaux se servent de la toile d’araignée pour bâtir quelque chose de fiable, que les hirondelles “modernes” (non cavicoles) sont dépendantes de la boue pour nicher, les salanganes ont leur propre production ; on pourrait presque parler de convergence évolutive avec les araignées ! À partir de la même matière première (des insectes volants), elles produisent une substance translucide et très solide.

Il y a deux stratégies. La plus commune est de rassembler de la matière végétale diverse (les salanganes peuvent papillonner devant une plante, voire se poser sur elle, pour lui prendre du matériel) et de fixer tout ça avec de la salive qui, chez la plupart des espèces, durcit rapidement tel du béton. Elle permet même d’accrocher le nid sur une surface lisse, alors que beaucoup des oiseaux (dont les martinets) auraient besoin d’au moins une aspérité pour commencer la construction.

C’est cette stratégie qui est utilisée par la Salangane des Philippines et qui est illustrée sur cette page ; elle servira de référence pour montrer ce type de nid et toutes les pages des salanganes du genre Collocalia pointeront vers celle-ci. Nous n’allons évidemment pas essayer de photographier les nids de chaque espèce, comme expliqué à la page de la Dicée de la Sonde, nous ne prenons des images de nids que lorsque des opportunités se présentent spontanément et que nous avons l’assurance de ne causer aucun dérangement.

L’autre stratégie consiste à n’utiliser que de la salive, et de construire un petit nid en cette matière, qui est blanchâtre, translucide. C’est celle retenue par la Salangane à nid blanc qui est connue car certaines personnes estiment que cette salive durcie est comestible… en soupe. Ce sont les fameux “nids d’hirondelles”. Malheureusement, les gens qui récoltent ces nids ne le font généralement pas de façon intelligente ni respectueuse, détruisant les œufs et oisillons au lieu d’attendre la fin de la nidification. Cela provoque des chutes de populations.

La Salangane des Philippines pond deux œufs qui sont couvés trois semaines dans le petit nid qui demande près d’un mois de travail pour être fin prêt à les accueillir. Ensuite, le développement des petits peut prendre entre 28 et 50 jours. Ce métabolisme à vitesse variable rappelle que les Apodidae, au côté des colibris et des engoulevents (deux familles apparentées) sont des oiseaux capables d’entrer en léthargie (une forme “d’hibernation”, comportement bien connu chez certains mammifères) avec une diminution de la température corporelle et une diminution du rythme cardiaque. Chez les colibris, c’est notamment utilisé pour survivre aux nuits très froides dans les Andes (avec leur métabolisme ultra-rapide, ils ne pourraient pas passer la nuit sans manger sans un tel subterfuge). Chez les martinets, les jeunes font ainsi pour survivre lorsqu’ils ne sont pas nourris quelques jours (par exemple pour cause de très mauvais temps). Chez certains engoulevents, ce comportement a été noté pour passer l’hiver en Amérique du Nord, où il y a peu de nourriture à la mauvaise saison, au lieu de migrer comme le font les autres.

C’est ainsi que si un seul œuf éclos, le petit s’envole en moyenne à 36 jours. Si les deux œufs éclosent mais un seul jeune survit, le jeune survivant s’envole en général à 38 jours. Quand deux jeunes survivent jusqu’à l’envol, la moyenne est autour de 42 jours.

Taxonomie et sous-espèces

Les Apodidae sont des oiseaux d’origine sud-américaine et les espèces locales qui sont directement issues de l’ancêtre commun de tous les martinets et salanganes sont classés dans la sous-famille des Cypseloidinae, donc basale de la famille. Il y a notamment le Martinet sombre, bien connu en Amérique du Nord, et le Martinet à collier blanc, répandu dans le Néotropical. Ce sont des oiseaux qui utilisent peu ou rarement la salive.

Une division majeure eut alors lieu, probablement en lien avec la colonisation de l’Asie, et trois tribus en sont issues : les salanganes (Collocalini), toutes asiatiques sauf le Martinet de Shoa, africain, dont les nids n’ont jamais été observés. Ce sont les spécialistes de la construction avec la salive (avec une réserve pour l’espèce africaine, encore à étudier).

Une autre tribu (Chaeturini) est constituée des “martinets épineux”, des martinets qu’on appelle ainsi car les plumes de la queue sont souvent munies d’une petite pointe. Beaucoup d’espèces nichent dans des cavités trouvées dans les arbres, et cette structure de la queue permet notamment de mieux s’appuyer avec les rectrices sur les branches et les troncs. C’est une tribu presque cosmopolite (mais très rare en Europe). Au moins une partie des espèces utilise beaucoup de salive pour aménager leur nid, mais la majorité des Chaeturini, notamment les taxons africains, sont très mal connus.

Enfin, les Apodini, dont le Martinet noir, se sont développés majoritairement en Afrique. Ils sont cosmopolites et c’est la tribu la plus récente (ce qui correspond au fait que l’Afrique a été colonisée après l’Asie). Ils utilisent souvent la salive, et les espèces américaines font les nids les plus élaborés de tous les martinets. Certains, comme le Martinet à gorge blanche, pourraient même parfois construire sans support, tel une salangane (et contredirait le fait que les martinets ne sont pas capables de construire un nid totalement par eux-même – l’exception qui confirme la règle ?). On note aussi le comportement extraordinaire des Tachornis, comme le Martinet claudia, qui nichent dans les palmiers. Ils utilisent comme support la base d’une grande palme morte et sèche mais encore attachée au tronc (donc pendante). Ils aménagent leurs nids de plumes (collées avec de la salive)… qu’ils volent, tels des pirates, à d’autres oiseaux (plus de 50 espèces victimes appartenant à 21 familles, la plus grande étant l’Urubu à tête rouge !). Ces martinets peuvent faire un piqué de 100 mètres sur un autre oiseau et, avec leur bec, leur prendre subrepticement une touffe de plumes !

La Salangane des Philippines est, comme au moins 7 autres espèces actuelles, issues de la reclassification des taxons anciennement inclus à la Salangane soyeuse.

On la divise en deux sous-espèces : la nominale est répandue et C. m. septentrionalis n’existe que sur quelques petites îles de l’extrême nord de Philippines ; cette dernière est un peu plus claire et, surtout, séparée géographiquement de la nominale. En effet, il n’y a pas de Salangane des Philippines dans la partie nord de l’île de Luçon, occupée par la Salangane des crêtes.

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Collocalia_marginata_1fr_cebu_philippines_oisillon_nid_croupion

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[Espèce Nº849 du projet d’encyclopédie holistique]

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Photos et textes © Valéry Schollaert 2020

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