Souimanga à dos vert – Cinnyris jugularis

Espèce complexe à reclasser – publiée le 25 mars 2018
Publication complète – famille des Nectariniidae (souimangas)
En anglais: Olive-backed Sunbird in English

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Ce superbe souimanga, dans sa classification actuelle, est un des plus répandus en Asie et même probablement au monde. En effet, on le trouve depuis la Chine et le Myanmar, via les îles Andaman et Nicobar, les Philippines et l’Indonésie jusqu’en Australie et aux îles Salomon. Regrouper toutes ces populations en une espèce n’est néanmoins pas une bonne description de la réalité, mais étudier toutes les populations en détail peut prendre des années ou décennies. Va-t-on attendre une classification “définitive” (ce n’est jamais vraiment définitif!) pour publier cette page? Beaucoup plus important, va-t-on attendre cette taxonomie plus appropriée future pour protéger les populations concernées? La question est plus importante qu’il n’y parait et nous profitons de l’occasion pour partager avec vous des informations essentielles et réflexions sur la conservation et la classification (voir plus bas).

Cet oiseau est un souimanga typique qui consomme surtout du nectar dans certaines régions (par exemple dans les Visayas aux Philippines) ou plus d’insectes (comme en Australie); des fruits sont aussi mangés. Il fabrique son nid suspendu comme les autres membres de la famille. Il est très répandu dans beaucoup d’habitats différents, depuis la côte jusque dans les montagnes, mais les détails varient d’une région à l’autre, d’une île à l’autre. C’est la raison pour laquelle il ne peut pas être mis en “espèce de référence” selon notre méthode didactique Formation Ornitho. En effet, si vous mémorisez bien tous les comportements, plumages et la vocalisation de cet oiseau dans le but de faire une comparaison virtuelle avec les autres souimangas observés, par exemple, en Thaïlande, lorsque vous arriverez, disons, aux îles Salomon, les Souimangas à dos olive vous paraîtront être différents. De fait, ils sont différents ; peut être pas assez pour être classés en deux espèces distinctes… mais peut-être que oui? Si vous voulez comprendre la complexité d’un tel choix, nous vous invitons à lire un exemple concret sur la page de la Tourterelle vineuse, qui est… ou pas, une espèce distincte de la Tourterelle du Cap.

Taxonomie et sous-espèces

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Les limites de cette espèce ne sont pas comprises avec précision et les populations qui méritent probablement un statut d’espèce différente ne sont pas encore toutes déterminées. Il est donc difficile de savoir quelles sont les autres espèces les plus proches. Il y a des espèces assez semblables, qui ressemblent superficiellement très fort à certaines sous-espèces (à ventre jaune) du Souimanga à dos vert comme le S. de Sumba (C. buettikoferi) et le S. de Timor (C. solaris) mais qui n’ont jamais été considérées comme faisant partie de C. jugularis. À l’inverse, au moins un autre taxon très différent des S. à dos vert “habituels” a été séparé en espèce distincte récemment, c’est le Souimanga de Rand (C. idenburgi). Vraisemblablement, plusieurs autres vont suivre:  HBW Alive divise, en 2018, notre souimanga en 6 groupes de sous-espèces potentiellement valides pour devenir des espèces distinctes!

Il y a 22 sous-espèces reconnues par HBW Alive (en 2018), mais bien d’autres ont été décrites (plus de 40). Le plumage est très variable, notamment la couleur du ventre qui est jaune, orange, noire ou une combinaison de deux couleurs. La couleur du manteau est également variable d’un taxon à l’autre et la voix de nombreuses sous-espèces n’a pas encore été étudiée mais des variations régionales sont notées par les observateurs de terrain.

Note importante sur la relation entre la conservation et la classification taxonomique
Une espèce très commune comme le Souimanga à dos vert est forcément classée en “least concern” (= préoccupation mineure) par Birdlife International / IUCN, ce qui signifie qu’aucun effort pour sa conservation ne sera fait par les organismes de conservation même si, localement, une population était menacée. Or, nous avons vu plus haut, il n’est pas encore clair quelles sont les limites de ces populations. C’est de la pure spéculation, mais si une population, sur une île indonésienne ou philippine, par exemple, était gravement menacée et, en fait, représentait une espèce endémique différente qui n’est simplement pas encore séparée de C. jugularis, personne ne s’en préoccuperait. Si un observateur local prenait conscience de la disparition possible de “son” souimanga, il n’obtiendrait de soutient ni des autorités nationales ni des organismes internationaux de conservation sous prétexte que le Souimanga à dos vert est “least concern”.
Spéculation, oui, mais il y a beaucoup de précédents. Un exemple est le Pouillot de Canaries, de la sous-espèce Phylloscopus canariensis exsul qui vivait sur l’île de Lanzarote. La page Wikipedia (en anglais) en dit long sur ce cas. Découvert en 1907, il était déjà “très rare” et “un nombre” de spécimens a été collecté. Ce “détail” devrait aussi faire réfléchir à notre habitude enracinée de massacrer plusieurs individus lorsqu’on découvre un nouvelle espèce, même potentiellement très rare, sous prétexte que c’est un besoin scientifique. Considéré alors comme une sous-espèce du Pouillot véloce (Phylloscopus collybita), il n’a fait l’objet d’aucune attention pour sa conservation et s’est éteint aux alentours de 1986. Ce n’est que fin des années ’90 que les spécialistes ont séparé le Pouillot des Canaries en espèce distincte. Désormais, nous savons que nous avons perdu une sous-espèce marquée, endémique d’une ou deux îles, d’une espèce endémique à un archipel. Elle s’est éteinte sous nos yeux sans que personne n’arrête le déboisement de son habitat car elle n’avait pas la classification appropriée; il a pu y avoir d’autres victimes parmi les invertébrés ou d’autres animaux moins connus que les oiseaux. Ces exemples regrettables renforcent encore la nécessité d’une approche holistique de la conservation de la nature.
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Mise à jour du 5 mars 2019

Voici trois photos prises au lac Toba (Sumatra), Indonésie, en janvier 2019. Il s’agit de la sous-espèce C. j. ornatus. La femelle apporte de la nourriture aux jeunes et, une dizaine de jours plus tard, on peut voir un juvénile tout frais sorti du nid.

Tout en bas : un mâle adulte de la même sous-espèce en parade nuptiale, sortant ses “plumets” orange pour l’occasion. Tanah Rata, Malaisie, février janvier 2019.

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[Espèce Nº84 du projet d’encyclopédie holistique]

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Photos et textes © Valéry Schollaert 2018 – 2019

Liste des autres espèces illustrées : taxonomiquejour par jour

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