Tourterelle turque – Streptopelia decaocto

Espèce commune – Page de référence – Disponible pour sponsoring
Famille Columbidae (pigeons, tourterelles…) –  Eurasian Collared Dove in English
Première publication : 17 février 2019 – Dernière mise à jour : 13 septembre 2022

Streptopelia_decaocto_mainCette tourterelle est un des oiseaux les mieux adaptés aux milieux urbanisés, préférant particulièrement les parcs urbains, les villages agricoles, les fermes, les jardins, les vergers. Elle montre un exemple d’expansion “naturelle” assez impressionnant. À l’origine, elle ne vivait qu’en Inde, au Sri Lanka, au Pakistan et peut-être des régions voisines de Chine et d’Asie orientale.  Il semble qu’elle se soit étendue vers l’ouest au XVIIème siècle atteignant ainsi la Turquie environ en 1700. La colonisation de l’Europe a débuté vers 1930. La première nidification a été notée au Royaume-Uni en 1955. L’extension a continué vers l’Afrique : la première est notée au Maroc en 1971 ; les Canaries ont été colonisées fin des années ’80 et une première observation est rapportée au Sénégal en mai 2016. L’Atlantique ne l’a pas arrêtée, mais l’humain l’a aidée… elle aurait été introduire au Bahamas dans les années 1970. La Floride a été colonisée au début des années 1980 et la population continue de s’étendre. Elle est déjà présente, au sud, au moins jusqu’au Panama.

Cliquez ici pour voir une carte de répartition plus détaillée

Alors que les Columbidae sont si nombreux et variés, les bases du mode de vie sont semblables pour les grandes espèces (par exemple le Pigeon ramier) et pour les petites (par exemple la Géopélie zébrée). Principalement granivore, elle construit un nid qui ressemble à une simple plateforme en brindilles installée à la fourche de deux branches dans un arbre ou un buisson, ou alors sur une structure artificielle, comme le Pigeon biset. Les deux parents couvent (deux semaines) et nourrissent les jeunes avant leur envol (également deux semaines).

Méthode Formation Ornitho : expansion naturelle… due à l’homme !

Le mouvement des populations dérange les humains qui sont souvent conservateurs et voient la nature comme une réalité figée. Alors qu’un oiseau égaré est considéré comme une “rareté” agréable à observer, très rapidement, un nouvel arrivant qui s’installe est vu comme un envahisseur. Le sujet est polémique, car certains vont jusqu’à exterminer les populations “envahissantes” et d’autres les défendent. Le sujet est abordé dans un article détaillée sur notre site. La Tourterelle turque est un cas d’école, car peu d’oiseaux ont réussi une telle expansion mondiale de façon aussi “naturelle”.

Justement, c’est ce “naturel” qui est le point sensible. Si les tourterelles n’ont pas pris le bateau entre l’Iran et l’Europe, c’est la transformation des habitats par l’homme qui a permis à l’espèce d’envahir l’Europe, l’Afrique et l’Amérique du Nord. C’est donc un mouvement naturel en réponse à une activité humaine. Exactement comme les Hérons gardebœufs ont suivi “naturellement” les élevages bovins, un sujet que nous approfondirons aussi.

Le parallèle serait plutôt à faire avec la Perruche à collier. Elle aussi vient d’Inde, elle aussi s’est adaptée aux habitats anthropisés, elle aussi s’installe en ville et rayonne vers les campagnes, etc. La seule petite différence… c’est que, dans le processus d’expansion, les perruches ont eu un coup de main, volontaire ou non (quelle importance ?) des humains. Elles ont gagné quelques années ou, au pire, quelques décennies en étant importées par bateau, dans des cages.

Cette nuance semble éliminatoire aux yeux de certains, alors qu’elle ne change strictement rien pour l’écosystème qui a besoin de nouvelles espèces pour combler des vides créés par les activités humaines. Pour visualiser l’aspect dérisoire de la question, voyons un point de détail. L’expansion de la Tourterelle turque est acceptée par tous comme “naturelle” aujourd’hui. Il est pourtant parfaitement possible et suggéré par certains scientifiques que, au XIIème siècle, des tourterelles auraient été introduites par l’homme en Iran. Si c’est le cas, les populations européennes d’aujourd’hui sont vraisemblablement descendantes de cette population. Est-ce que ce fait, s’il est confirmé, doit nous faire subitement considérer que la Tourterelle turque est une introduite envahissante à exterminer ? Il est certain que, sans cette (possible) introduction en Iran, la Tourterelle turque aurait suivi le même parcours ou, dans le cas contraire, une autre tourterelle comme la T. rieuse aurait fait un mouvement semblable. Voyez la Perruche à collier qui vient d’Asie… il y a eu une tentative d’envahissement “naturel” depuis l’Afrique (où elle existe aussi) via Israël que l’homme a bloquée dans ce pays ! La Perruche à collier serait donc venue avec ou sans l’aide directe de l’homme…

Taxonomie

Cette espèce est monotypique, confirmant l’extension récente d’une population plus localisée à l’origine. Elle est proche de divers Streptopelia, notamment de la Tourterelle rieuse (S. roseogrisea) d’Afrique. Des hybrides existent là où cette dernière a été introduite (elle est souvent élevée et maintenue en captivité ; les oiseaux captifs et férals sont parfois nommés S. risoria), notamment aux Île Canaries. Le comportement dans l’aire de répartition naturelle de la Tourterelle rieuse, en Afrique, où vient d’arriver la Tourterelle turque, sera très intéressant à observer.

Avec un changement récent de classification, l’espèce-sœur n’est cependant plus la Tourterelle rieuse mais la Tourterelle birmane (Streptopelia xanthocycla) qui a été considéré comme une sous-espèce jusqu’à très récemment.

Tourterelle turque, Puerto del Rosario, Fuerteventura, Îles Canaries, Espagne, juin 2015
Lorsque le mâle souhaite un accouplement, il doit courtiser la femelle et n’obtiendra
ce qu’il souhaite que si elle est d’accord. On voit sur la photo qu’il va se poser sur elle. Pour refuser, elle peut simplement s’envoler…
Tourterelle turque, Vers (Lot), France, juillet 2009
Cette espèce est familière et n’hésite pas à chercher sa nourriture sur les terrasses pour profiter des miettes d’un repas, même quand les humains sont encore à proximité.
Tourterelle turque, Gages (Brugelette), Belgique, mai 2007
Les sous-caudales grises et la base de la queue noire, le tout contrastant avec le reste de la queue blanchâtre, distinguent cette espèce de la Tourterelle rieuse (dont est issue la “tourterelle domestique”).
Tourterelle turque, Frasnes-les-Buissenal, Belgique, juin 2018
Le juvénile se distingue de l’adulte par l’absence de collier et les couvertures alaires liserées de clair (aspect écaillé).
Tourterelle turque, Ciudad del Carmen, Campeche, Mexique, janvier 2022
Les oisillons sortent parfois très vite du nid, alors que leur plumage juvénile n’est même pas encore complet. Chez les Columbidae, la face est typiquement dégarnie et le bec paraît alors très puissant.
Tourterelle turque, Xpujil, Calakmul (Campeche), Mexique, àoût 2022
La page a été publiée en 2019 avec des vieilles photos. Voici une des nouvelles images qui a été ajoutée lors de la mise à jour de 2022 qui permet de voir plus de détails grâce à une qualité bien supérieure. Les appareils photos numériques ont évolué très rapidement et offrent désormais des rendus incomparables à ceux des première génération.
Tourterelle turque, Puerto Plata, République Dominicaine, juin 2021
Dans les Antilles, cette espèce vit très souvent en bord de mer. Les images d’oiseaux qui viennent boire ou prendre leur bain, avec les pattes dans l’eau, sont souvent appréciées.
Tourterelle turque, Puerto Plata, République Dominicaine, juin 2021
Sur l’île d’Hispaniola, il y a une grosse proportion d’oiseaux pâles. Il ne s’agit donc vraisemblablement pas de leucisme accidentel mais plutôt une évolution de la population insulaire vers un plumage plus pâle.
Tourterelle turque, Puerto Plata, République Dominicaine, juin 2021
Voici une comparaison entre le même individu pâle que sur la photo précédente et un individu “normal”.

Voici l’image ajoutée le 13 septembre dans la page “Oiseaux de Xpujil : 100 espèces en 100 promenades” avec des photos prises aux Cabañas Chaac

Le demi-collier, classique chez les tourterelles du genre Streptopelia, parait ici très large car le cou est tendu. Cela rappelle que certains critères d’identification varient avec la position de l’oiseau et les observateurs doivent en tenir compte. Au Mexique, il n’y a toutefois aucune confusion possible.

Pour en savoir plus :

Noms conseillés par l’Encyclopédie Holistique dans 6 langues choisies :

  • Espagnol : Tórtola turca (*)
  • Portugais : Rola-turca
  • Allemand : Türkentaube
  • Arménien : Օղակավոր տատրակ
  • Italien : Tortora dal collare
  • Russe : Кольчатая горлица

(*) En Amérique latine où l’espèce est arrivé récemment, on l’appelle souvent “pigeon à collier” : Paloma de collar ou Paloma collareja.

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[Espèce Nº413 du projet d’encyclopédie holistique]

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 Tourtelette tambourette 
spsuivante
 Géopélie placide 
sommaire

Photos, tableau et textes © Valéry Schollaert & Marinella Mejia 2019 – 2022

Liste des autres espèces illustrées : taxonomiquejour par jour

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