Troglodyte de Bewick – Thryomanes bewickii

Espèce vedette – publiée le 25 décembre 2020
Publication complèteFamille des Troglodytidae (troglodytes)
En anglais : Bewick’s Wren in English

Ce troglodyte est assez répandu depuis le sud-est de la Colombie-Britannique (Canada) jusqu’à Oaxaca (Mexique) via la Basse-Californie. Vers l’est, aux États-Unis, il est régulier jusqu’au Missouri et très rare et localisé plus à l’est, notamment dans le Kentucky. Il vit dans les massifs de buissons en milieux ouverts, dans les boisements légers, les abords des rivières couverts d’arbres ou d’arbustes et le maquis.

Le Troglodyte de Bewick est un cas d’école concernant les changements de comportement induits par l’être humain. En effet, on peut comparer très largement le comportement de ce troglodyte avec son “cousin”, le Troglodyte familier. Ce dernier est plus opportuniste, plus généraliste et plus abondant. Toutefois, lorsque les milieux sont trop secs, arides et accueillent peu de végétation ou qu’il manque de cavités pour nicher, le Troglodyte familier ne peut pas survivre. C’est ainsi que la spécialisation du Troglodyte de Bewick aux régions rocheuses, semi-désertiques et aux boisements de petits épineux permet aux troglodytes de maximiser l’exploitation des ressources : en quelque sorte, les deux troglodytes collaborent pour exploiter des écosystèmes différents.

Ce genre de situation illustre comment la biodiversité augmente la biomasse totale ; voir la vidéo “rôle des oiseaux dans des écosystèmes“. En effet, le principe de tout écosystème, leur “objectif” est de produire un maximum de vivant et la biodiversité constitue, en quelque sorte, les “outils” qui permettent cette maximisation.

Lorsque l’humain transforme les plaines arides en agriculture, en irriguant, plantant, arrachant les plantes indigènes, il offre au Troglodyte familier une belle opportunité de montrer tout son pouvoir d’adaptation. Le Troglodyte de Bewick, lui, se réduit, mais parvient à survivre en petites densités. Sauf que là où, en plus de modifier les paysages, l’homme installe des nichoirs pour les oiseaux, le Troglodyte familier évince le Troglodyte de Bewick. Le plus petit et le plus dynamique des deux retire les œufs de l’autre pour prendre sa place, un phénomène qui n’existe pas ou si peu en l’absence d’intervention humaine. Les lieux bien fournis en cavités font partie du territoire du familier ; lorsque les cavités appropriées sont absentes, le Troglodyte de Bewick construit un beau nid en boule (comme le Troglodyte mignon d’Eurasie) et le Troglodyte familier ne s’y aventure pas.

On a donc une diminution de notre espèce-vedette par la conjonction de deux activités humaines : modification des milieux et installation de nichoirs. Le plus pathétique de tout est que certaines organisations impliquées dans la conservation de la biodiversité proposent de “réguler” (c’est à dire massacrer) le Troglodyte familier pour sauver l’espèce la plus rare… une action qui n’a heurement pas été mise en place jusqu’ici (car l’espèce est protégée aux USA), mais qui illustre à quel point l’humain refuse de remettre en cause son propre comportement et tente d’occulter sa responsabilité majeure concernant l’extinction de masse. Il cherche ainsi des boucs-émissaires, tels que le Troglodyte familier, qu’il accuse de faire disparaître des oiseaux plus rares…

Hormis son habilité à nicher dans des lieux plus hostiles, la reproduction du Troglodyte de Bewick se déroule comme celle du Troglodyte familier, mais l’incubation dure deux jours de plus. La nourriture est également similaire ; il semble que le plus familier des deux chasse un peu plus souvent au sol que l’autre.

Taxonomie et sous-espèces

Il est seul dans son genre, et sœur avec le Troglodyte de Caroline, également placé dans un genre monotypique. On le divise en 15 sous-espèces, une approche discutable car il s’agit de variations clinales difficiles à catégoriser. Concrètement, comme c’est souvent le cas, les oiseaux les plus nordiques sont plus grands que les méridionaux (une taille supérieure limite les déperditions de chaleur) et ceux qui vivent en milieux plus humides sont plus bruns que ceux qui vivent en milieux plus secs (qui sont donc plus gris).

Troglodyte de Bewick, Teotitlán del Valle (Oaxaca), Mexique, décembre 2020
Les nuances de gris et brun du plumage sont variables d’une région à l’autre et cela rappelle que la forme de l’oiseau, comme la longue queue et le bec fin et pointu, ainsi que le pattern (queue finement barrée, sourcil marqué) sont de bien meilleurs critères d’identification que la couleur.
Troglodyte de Bewick, Teotitlán del Valle (Oaxaca), Mexique, décembre 2020
Ce qui modifie aussi considérablement le rendu de couleur est l’intensité et l’angle de la lumière. Les observateurs qui tentent d’utiliser la couleur pour identifier les oiseaux sont souvent bloqués lorsque ceux-ci sont à contre-jour.

[Espèce Nº1090 du projet d’encyclopédie holistique]

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Photos et textes © Valéry Schollaert 2020 – 2021

Liste des autres espèces illustrées : taxonomique – jour par jour

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