Pour la nature et le climat, manger local ou végétalien ?

Une réaction que je reçois souvent lorsque je rappelle que les élevages sont les principaux responsables de la déforestation et du réchauffement climatique, est qu’il faut consommer local et boycotter les élevages intensifs, mais que l’élevage, en soi, n’est pas le souci.

Une autre réaction tout aussi classique et qui va dans le même sens est “vaut mieux un steak local que du soja amazonien“.

Ces deux réactions montrent que le problème de l’élevage n’est pas encore compris par la majorité.

Élevages intensifs

Nous allons analyser ici le lien entre élevage et consommation locale. Nous passons rapidement sur l’argument de l’élevage intensif. En effet, pour limiter la déforestation, il faut diminuer le besoin d’espace. Or, c’est bien le but des élevages intensifs : optimiser le besoin de ressources et d’espace pour augmenter la rentabilité. Le résultat est cauchemardesque pour les animaux, mais relativement efficace. Pour le voir plus clairement, disons que s’il fallait donner des basses-cours ou des pâtures à tous les animaux actuellement dans des fermes-usines, il faudrait déforester toutes les forêts restantes, assécher tous les marais, et ce ne serait pas encore assez.

CETA, JEFTA, MERCOSUR : les traités de libre échange d’actualité (2019)

repoterre_ceta.jpgEn ce mois d’août 2019, les peuples européens s’offusquent, à raison, que les gouvernements des pays d’Europe, soumis aux consignes de la Commission Européenne, signent des traités de libre échange. On voit sur les réseaux sociaux des milliers de publications qui expliquent que ce sont des accords climaticides, antidémocratiques, que ça va accélérer la déforestation, etc. Il est généralement évoqué est qu’en facilitant les échanges internationaux, on va augmenter le volume des importations et exportations. Ainsi, le trafic maritime et aérien va s’intensifier et donc polluer plus.

Il est également soulevé  que la plupart de ces pays ont des normes (sociales, environnementales) plus faibles que les normes européennes, pourtant laxistes, et que l’impact écologique des produits va augmenter et leur qualité sanitaire diminuer.

Tout cela est vrai, mais les personnes sensibilisées, nombreuses, qui demandent plus de consommation locale, ont tendance à oublier un point crucial lié aux élevages.

Quel impact de la production de “viande locale” ?

rtbf_sojaimporte.jpgActuellement, la “viande locale” est un cheval de Troie de la mondialisation. En effet, le consommateur qui achète un kilo de poulet, de porc ou de bœuf français, belge ou autre selon son pays de résidence, imagine qu’il reçoit le morceau du cadavre d’un animal qui a passé sa vie dans une prairie du coin. Cette image un peu bucolique est pourtant très éloignée de la réalité. L’essentiel de la nourriture qu’a reçu cet animal a été importée de loin, d’Afrique, d’Amérique du Sud ou des États-Unis.

Ce fait est dénoncé dans la presse avec des articles divers. Voyez par exemple Sciences et Avenir ou Alimenterre, et ici La France Agricole qui explique les proportions élevées de soja américains que l’Europe importe.

C’est ainsi que beaucoup de personnes se croyant “locavores”, hormis les végétaliennes, participent fortement à l’augmentation de l’importation de produits agricoles de l’autre côté de l’Atlantique.

Suffit-il de nourrir les animaux français avec du maïs “made in France” ?

La France a de très grands espaces cultivés, les plus grands en Europe. Pourquoi ne pas consacrer une partie à nourrir le bétail, tout simplement ? Vérifions que ce serait possible.

Selon viande.fr, la consommation de viande en France est de plus de 50 grammes par jour par personne, soit environ 18,25 kg par an par français, donc 1.222.750.000 kg pour les 67 millions d’habitants. Un peu plus d’un million de tonnes. Étudions la surface nécessaire pour produire cette viande.

tableausurfaceviande.jpgOn voit souvent ce petit tableau sur les sites qui traitent de végétalisme, basé sur des chiffres moyens publiés par le WWF, loin d’être une organisation de propagande végane. Toutefois, pour les sceptiques qui pensent qu’il s’agirait de résultats tronqués, ils peuvent vérifier ces disproportions spectaculaires d’espace nécessaire entre les productions végétales et animales dans des études scientifiques publiées, par exemple ici sur iopscience. On y apprend, par exemple, qu’il faut cent fois (oui, 100x !) plus d’espace pour fabriquer un kilo de protéine de bœuf qu’un kilo de protéine de maïs.

Pour produire localement, en France, nos 1.222.750.000 kg de viande, si on compte pour moitié de bœuf et moité de poulet (cela donnera un ordre de grandeur), il faudrait 611.375.000 x 323 + 611.375.000 x 53 = 197.474.125.000 + 33.805.595.000  = 231.279.720.000 m2 ou, plus clairement  231.279 kilomètres carrés.

Or la France cultive actuellement 290.000 km2, soit 54% du territoire métropolitain de 551.500 km2 (voir par exemple geo.fr). Pour produire localement toute cette viande, il faudrait donc y consacrer 79% des surfaces agricoles du pays. Il resterait 21% pour les fruits, la viticulture, les céréales, les légumes, etc.

Inutile de calculer : nous voyons bien que c’est impossible d’autant plus qu’il y a une mauvaise nouvelle ! Nous n’avons pas tenu compte du lait, des œufs et des poissons. La pêche ne prend pas de surface cultivée, mais plus de la moitié des poissons produits viennent de fermes où ils sont nourris.

Voyons les œufs. Les français en consomment 217 par an selon lesoeufs.fr, ce qui fait environ 15 kg. Ainsi, les 67 millions de français engloutissent environ 1 milliard de kilos d’œufs pour lesquels 44 m2 sont nécessaires à la production, soit 44 milliards de mètres carrés ou 44.000 km2. Si on ajoute cela à nos 231.279 km2 pour la viande, nous arrivons à 275.279 km, soit quasiment toutes les surfaces agricoles du pays. Vous avez compris que si on ajoute le lait, avant même d’avoir produit le moindre fruit ou le moindre épi de blé, les surfaces agricoles actuelles ne suffisent pas.

Répétons : les surfaces agricoles françaises ne sont pas suffisantes pour produire les œufs, le lait et la viande que la France consomme.

C’est encore pire dans les autres pays européens qui ont proportionnellement moins de surface cultivée. La densité de population humaine en Belgique est près de trois fois supérieure à celle de la France !

baisseconsoviande.jpgOn voit que le riz demande 17 m2 et les légumes 6 m2. Soyons large, puisque nous visons des techniques agricoles non-intensives, et calculons sur une base de 25 mètres carrés pour produire un kilo de nourriture végétale.

Selon LeMonde.fr, un Français consomme en moyenne 2,9 kg de nourriture et boisson par jour, et on voit dans les tableaux que plus de la moitié concerne l’eau. Comptons large, 1,5 kg de nourriture cultivée, c’est plus que nécessaire.

Voyons la surface pour produire cela : 1,5 kg x 365 jours x 25 m2 x 67.000.000 personnes = 91.706.250.000 m2 ou 90.706 km2, ce qui équivaut à un tiers des surfaces agricoles. En faisant ainsi, il reste de la surface pour créer de réserves naturelles et ainsi sauver la biodiversité et même laisser la forêt repousser et lutter ainsi contre le réchauffement climatique, tel que expliqué dans notre vidéo.

On voit donc que le végétalisme permet la consommation locale, mais “l’omnivorisme” actuel ne la permet pas. Notez aussi que c’est valable à l’échelle de planète et confirme ce que nous avons écrit dans cet article voilà près de deux ans : la planète peut nourrir 8 milliards de végétaliens, mais pas 8 milliards d’omnivores et si 10% de la population actuelle souffre de la faim, c’est bien à cause de l’existence des élevages.

Pourquoi ne pas diminuer drastiquement la consommation de viande ?

Évidemment, quand une activité est nocive, il vaut mieux diminuer que continuer ainsi. C’est comme le tabac : on a moins de chance de développer un cancer du poumon en fumant 10% de la consommation actuelle qu’en ne changeant rien.

greenpeacevg.jpg

Nous avons apporté, notamment sur ce site, divers arguments en faveur d’un régime végétalien. Ça va de la condition animale à la santé humaine en passant par la biodiversité, la famine et le réchauffement climatique. L’eau douce devient une denrée rare, et il est de notoriété publique que les élevages en consomment des quantités spectaculaires. Il faudrait encore parler des algues vertes en Bretagne et autre problème d’eutrophisation, des zones mortes dans l’océan, etc.

Toutefois, si le lecteur convaincu de la nécessité de consommer local a compris, grâce à cet article, que ça n’a de sens qu’en diminuant drastiquement la consommation d’aliments carnés, l’objectif principal recherché est déjà atteint.

La viande nourrie localement participe aussi à la déforestation !

Nous avons vu qu’avec la consommation actuelle, la France a besoin de plus de surface agricole qu’elle n’en possède pour nourrir sa population. C’est évidemment vrai au niveau européen puisque la plupart des pays ont moins de surface disponible par habitant que la France. La Belgique, par exemple, à tout juste assez de surface pour être auto-suffisante en végétal.

Ainsi, le “locavore” qui consomme un peu de viande locale, “force” ses concitoyens à importer de la nourriture, qu’elle soit végétale ou animale, et participe donc à l’augmentation des importations.

Expliquons de façon visuelle. Prenons une région produisant une grande partie de la nourriture localement, dont les végétaux et la viande, mais que cette dernière est nourrie de végétaux importés ; si les “locavores” demandent une viande locale, nourrie localement, certains agriculteurs vont devoir convertir leur maraîchage en production de fourrage pour le bétail. Il y aura donc une diminution de la production locale de végétaux comestibles et, faute de pouvoir s’approvisionner localement, il faudra en importer plus !

Ainsi, pour diminuer son soutien aux importations de nourriture, le “locavore” se doit de consommer local et végétalien.

Valéry Schollaert – 04 août 2019

Malaybalay.JPG

Plusieurs articles sur ce blog vous permettent de comprendre la vision holistique de la conservation de la nature que nous tentons de communiquer à tous. Voici LA PAGE D’INTRODUCTION À LA VISION HOLISTIQUE où vous trouverez aussi les liens vers les autres articles.

10 thoughts on “Pour la nature et le climat, manger local ou végétalien ?

  1. Le gros du boulot, ça va etre de trouver des menus sans viande acceptés par ma famille et qui permettent quand même l’apport proteinique suffisant, Tout en évitant les autres carences. Le tout en cuisinant pour une famille de 5 avec 2 parents actifs à temps pleins, à budget constant.
    Je suis ouvert et disposé au challenge, j’attends vos propositions.

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    1. Oli, il y a tellement d’informations en ligne sur le sujet que je ne compte pas en publier moi-même, alors que je donne parfois des ateliers de cuisine végétalienne et que ma compagne est cheffe végane. Le net déborde d’infos.

      Si tu es sur Facebook, je t’invite sur mon groupe “Éconaturalistes” où divers membre, y compris moi, te fournirons des liens pratiques.

      La gastronomie végé est top. Il faudrait savoir si tu cherches de la cuisine facile, plus saine (et crue), plutôt élaborée, etc., il y a de tout.

      Sinon, il y a ce site comme point de départ sympa. https://vegan-pratique.fr/conseils-nutrition-vegetalienne/menus-equilibres/

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  2. Bien sûr boycotter l’élevage intensif incluant la maltraitance d’animaux, mais également l’agriculture intensive qui appauvrie les terres jusqu’à parfois les rendre stérile. Cela tue le système du vivant : plus de ver -> plus d’oiseaux, etc.
    De même je suis plutôt partisante de dire “dérèglement climatique” à la place de “réchauffement climatique” car en effet, réchauffement sous-entendrais que le terre n’a jamais connu de telles températures. De plus, cela inclue le fait que les hivers deviennent plus froids.
    Sinon, merci pour ce super article !

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