Lorsque vous cueillez un fruit… la plante ressent-elle un orgasme?

cridelacarotteLa question de la sensibilité des plantes est souvent posée aux végans qui refusent d’exploiter l’animal pour ne pas le faire souffrir, les plantes pouvant potentiellement aussi ressentir quelque chose (argument dit du “cri de la carotte“). Cet argument est non-valable, puisque consommer un animal tue beaucoup plus de plantes que consommer des plantes, voir ici. Cette question reste néanmoins ouverte et les scientifiques n’ont pas encore tranché. Avec un peu de logique, il est imaginable d’avoir une idée du ressenti possible des plantes dans diverses circonstances. Pour se faire, il faut comprendre à quoi sert le ressenti dans la nature… et à quoi il devrait ou, aurait dû servir, chez l’humain également.

1 – “Anti-anthropomorphisme”

Ce n’est que récemment que l’on trouve des publications scientifiques qui ferment enfin définitivement le débat : oui, les animaux ressentent la douleur, voyez par exemple cet article dans Le Monde. C’est bien dommage que l’humain ait besoin de preuves pour admettre de telles évidences. Si quelqu’un vous marche sur le pied, vous poussez un cri de douleur. Si vous marchez sur le pied d’un animal (on dit la patte, mais c’est la même chose), il crie. Croyez-vous vraiment que c’est par plaisir ?

lorenz.jpgL’homme veut se distinguer des autres animaux, et cette tendance a longtemps fermé la porte à des études scientifiques sur le comportement animal : les premières analyses sérieuses publiées sur le comportement animal sont à chercher du côté de Jean-Henri Fabre au 19ème siècle, et concernent surtout les insectes. On y trouvera toutefois divers commentaires qui assurent le lecteur de la non-analogie avec le comportement humain. Les vertébrés doivent attendre le 20ème siècle pour que les chercheurs se penchent sur leur comportement. D’ailleurs, c’est aussi tard qu’en 1973 que les spécialistes considérés comme les pères fondateurs de l’éthologie (Niko Tinbergen, Karl von Frisch et Konrad Lorenz) ont reçu le prix nobel pour avoir publier des recherches dans cette science, parfois aussi appelée “psychologie animale”.

egoeco.jpgCe besoin de se distinguer des autres animaux, ou de se placer “au-dessus” (nous nous considérions comme fait “à l’image de Dieu”, n’est-ce pas ?) est encore présent ! Longtemps, on a considéré l’homme comme “l’animal le plus évolué” et on appelle “supérieurs” les animaux qui nous sont proches. On part du principe, et sans aucun fondement logique, que l’humain est le plus intelligent des êtres de cette planète, et on mesure l’intelligence des autres animaux selon leurs capacités… à se comporter comme nous. Ce manque d’objectivité est spectaculaire.

Cette séparation humain / autres animaux  est omniprésente dans la langue française. L’animal met bas, l’humain accouche. La femelle est “pleine”, la femme est “enceinte”. L’animal protège sa progéniture par “·instinct” maternel, l’humain par “amour” maternel. L’animal s’accouple par “instinct de reproduction”, l’humain par amour ou, quand même, par plaisir. À voir le succès des films pornos, de la prostitution et, désormais, des robots sexuels, on peut douter de “l’amour” qui pousse les humains (surtout les mâles mais pas seulement) à l’accouplement… Si on veut avancer dans la compréhension des comportements et ressentis des plantes et des animaux, il faudrait commencer par regarder les choses objectivement, sans y mettre des a priori douteux simplement car ils créent une meilleure image que nous avons de nous-mêmes.

2 – La douleur

Sans ce besoin qu’a l’humain de vouloir se séparer à tout prix des autres terriens, allant parfois jusqu’à se classer dans son propre “règne” (alors qu’il appartient à la famille des Hominidae comme les chimpanzés et les gorilles), nous pourrions étudier le comportement animal en partie sur base de notre propre comportement. Que ressent un animal qui se brûle, qui se cogne, qui tombe, qui est malade ? Ce n’est pas de l’anthropomorphisme de dire “la même chose que nous”. De par le principe de parcimonie qu’applique logiquement les chercheurs, si un animal montre un certain comportement dans certaines circonstances, si un autre animal montre le même comportement, sans élément concret qui ferait douter de cette conclusion, on part du principe que c’est pour les mêmes raisons.

Par exemple, nous voyons avec nos yeux et nous reconnaissons le comportement des aveugles. Si on met un bandeau opaque sur les yeux d’un chien, on voit qu’il se comporte comme un aveugle. Ainsi, sachant que les yeux servent à voir, on ne va pas investir des milliards pour bloquer la vue d’un million d’espèces animales et vérifier, au cas par cas, que leurs yeux sont faits pour voir. On le sait!

vivisectionLes animaux, au moins ceux qui ont un système nerveux, ressentent la douleur, et on a deux éléments qui nous permettent de le démontrer. D’une part, la simple présence d’un système nerveux, justement. Croire que celui-ci ne donnerait que des informations agréables n’a pas beaucoup de sens : chez nous, on sait que, stimulé, il peut provoquer douleur ou plaisir selon les cas, donc -à l’instar des yeux pour voir-, il y a une énorme probabilité pour que ce soit pareil pour tous.

D’autre part, le fait que les animaux se déplacent et réagissent. La sensation de douleur est essentielle à la survie ! Lorsqu’un animal se fait agresser, il fuit brutalement. Tout comme un enfant qui met sa main sur une plaque brûlante, l’animal retire aussitôt son membre d’un endroit brûlant ou glacé. La douleur est une nécessité pour les êtres capables de se mouvoir et de réagir dans l’urgence. Cela démontre par la même occasion que les plantes, dépourvues de système nerveux et incapables de fuir ou de se défendre, ne ressentent pas la douleur. On verra plus bas que cela n’exclut pas qu’elles aient potentiellement une “conscience” et des sensations.

La douleur peut également être interne et prévenir le système nerveux central d’un souci à régler. Une maladie, une infection ou autre chose est un danger pour l’être tout entier, et pour obtenir une réaction, il faut transmettre l’information. Le fait que cette information soit désagréable force l’être à réagir.

C’est ainsi que la peur, la faim, la soif, l’attirance, le plaisir, la douleur et les autres sensations sont des guides qui permettent et même “forcent” (pensez aux humains qui parlent de “pulsions incontrôlables” ou de peur panique les ayant “bloqués”) l’individu à se comporter convenablement, manger assez, boire assez, se protéger, se reproduire, etc.

3 – Le plaisir et l’instinct

Corythornis_cristatus_ug7plantes.jpgLorsqu’un animal se comporte “bien”, beaucoup de gens parlent de son “instinct” et rechignent à y voir de l’intelligence que nous préférons nous réserver. Lorsqu’un mâle poursuit une femelle, on parle d’instinct de reproduction. C’est amusant que l’humain, qui se croit souvent si supérieur, accepte qu’il copule par plaisir mais qu’il imagine un comportement bien plus raisonnable de l’animal non-humain qui ne copulerait que pour l’intérêt de l’espèce : produire une descendance (par “instinct de reproduction”). Cette croyance se “justifie” généralement par le fait que la plupart des animaux ne se reproduisent qu’à certaines saisons. En réalité, voici ce qui se passe et c’est très facile à comprendre.

columbia_livia_1plantes.jpgIl faut bien visualiser les notions de sélection et contre-sélection. La plupart des Européens savent que le Merle noir… est noir. On voit cependant, parfois, des “merles blancs”. Il s’agit d’oiseaux albinos ou, plus souvent, leuciques. Quoiqu’il en soit, les merles blancs sont rares… car contre-sélectionnés. Lorsqu’un Merle noir perd son pouvoir de pigmentation et présente un plumage blanc (la couleur de la kératine non-pigmentée), il sera le premier repéré par un rapace… donc la chance qu’il se reproduise est plus faible… il mourra sans s’être reproduit ou moins que les autres, et donc il ne produira forcément que peu ou pas de progéniture blanche, et les merles continueront à être noirs. Notez que lorsque l’humain s’en mêle et empêche les prédateurs ou, plus généralement, la “pression du milieu” d’agir, les plumages des oiseaux deviennent variables. Regardez l’oie domestique (Oie cendrée – Anser anser), le pigeon domestique (Pigeon bisetColumba livia) ou encore le canard domestique (Canard colvertAnas platyrhynchos) pour vous en convaincre. Cela montre aussi les dangers de la domestication pour l’avenir d’une espèce – nous y reviendrons dans un autre article.

Sur cette base on comprend pourquoi, virtuellement, tous les humains ressentent la peur et la douleur. En effet, ceux qui ne la ressentaient pas ont fait des gestes dangereux qui les ont contre-sélectionnés, et donc leur descendance est plus rare, voire nulle.

tortue_.1plantes.jpgIdem pour l’envie de s’accoupler, de copuler. Tous les ancêtres des hommes ont eu envie de copuler… sinon, ils n’auraient pas eu de descendance ! Le besoin et l’envie de relation sexuelle chez un humain comme chez n’importe quel animal provient donc de l’hérédité (l’instinct si vous voulez), car tous nos pères ont eu ces envies ou ces besoins… les autres ayant été contre-sélectionnés. Notez que la proportion de femmes qui souhaitent des relations sexuelles est un peu moins élevée et la plupart s’en passent plus facilement que les hommes. C’est logique : malheureusement, les femmes peuvent avoir des relations sexuelles non consenties et ainsi se voir mises enceintes contre leur gré. Donc, contrairement aux hommes ou aux mâles en général, toutes les mères n’ont pas nécessairement eu des besoins ou envies. Les femmes ou femelles de mammifères qui n’ont pas d’intérêt pour l’accouplement n’ont pas été systématiquement contre-sélectionnées.

Anas_superciliosa_1planteNotez aussi que c’est différent chez les oiseaux : les femelles violées ne couvent pas leurs œufs. Les mâles violeurs n’ont donc pas plus de succès de reproduction, même plutôt moins, et ce sont donc eux qui sont contre-sélectionnés. Ainsi, non seulement le viol a quasiment disparu chez les oiseaux, mais le pénis -organe qui permet le viol- aussi. Il y a quelques exceptions, notamment chez les canards. Il y a des canards qui ont un pénis, et qui violent… le comportement survit car les femelles des oiseaux de cette famille ont la drôle d’idée de parfois pondre dans le nid d’autres femelles, et donc le produit des viols n’est pas systématiquement abandonné comme chez la plupart des autres oiseaux.

Si “l’instinct” (donc les comportements sélectionnés à travers les générations) pousse un animal (humain compris) à certains comportements et empêchent d’autres, on peut se poser la question de la manière concrète dont cette information héréditaire se manifeste. Hé bien, nous le savons ! L’attirance, le plaisir, la douleur, la peur… c’est ce qui guide les animaux ! Les humains naturellement aussi, mais le mental a bien souvent détourné ces phénomènes à d’autres fins… nous étudierons ça dans -au moins- un autre article.

Pour répondre à l’argument que l’animal ne manifeste son “instinct de reproduction” qu’à la bonne saison, remarquez que c’est exactement le même principe.

Si un animal s’accouple n’importe quand, les jeunes peuvent naître à une époque inappropriée, par exemple lorsque la mortalité due au froid ou au manque de nourriture est plus élevée. Ainsi, ce mâle ne sera pas individuellement contre-sélectionné, bien sûr, mais sa descendance, oui ! Donc il ne reste avec le temps (presque) que les mâles qui ont ces envies au moment approprié…

4. L’instinct de reproduction des plantes ?

Exactement comme expliqué ci-dessus concernant les animaux, les plantes produisent des graines… car celles qui n’en produisent pas n’ont pas de descendance et ont donc disparu. Les plantes qui ne produisent pas de semences sont contre-sélectionnées, ils ne restent que celles qui en produisent… simple, n’est-ce pas ?

Les animaux sont forcément constitués comme nous puisque nous sommes aussi des animaux, au point que -malheureusement- nous étudions leur morphologie, leur physiologie, leurs réactions à certains produits et phénomènes (comme les bactéries, virus, poisons, ondes électromagnétiques, radioactivité, etc.) pour extrapoler nos propres réactions et élaborer des médicaments, des surfaces protectrices, etc. Les plantes, quant à elles, ont une constitution radicalement différente de la nôtre. Il est très difficile de “se mettre à la place” d’une plante, alors qu’avec un peu d’ouverture, c’est très facile d’extrapoler ce que ressent, grosso modo, un animal.

La science est donc forcément à ses balbutiements concernant les sensations éventuelles des plantes, sans parler la “conscience” alors que la notion même de conscience est encore fort abstraite et peu comprise même chez l’humain. Nous n’allons pas prendre position ici, mais nous pouvons réfléchir à ce que seraient les ressentis des plantes au cas où elles en auraient, ce que, répétons-le, nous ne savons pas actuellement.

pieride_1plantes.jpgOn imagine qu’un arbre qui “voit” (constate, ressent) une branche se faire casser ressentirait quelque chose de négatif ; toutefois, comme expliqué plus haut, vu que l’arbre ne peut pas empêcher un animal ou le vent de casser sa branche, il ne s’agit certainement pas d’un sensation de souffrance qui force à agir comme chez les animaux. Il est encore plus difficile d’imaginer ce que pourrait ressentir une graminée qui se fait “brouter” ; néanmoins, vu qu’elles sont tout le temps broutées (sinon elles se feraient envahir et disparaissent), il est probable qu’elles ne ressentent rien de désagréable.

Les arbres dans la forêt poussent plus vite vers la lumière, il y a une compétition entre les arbres pour mieux profiter du soleil. Il est donc probable que la lumière du soleil provoquerait une sensation agréable. On peut aussi se demander si l’inverse aurait un sens : un arbre n’atteignant pas la lumière vers le haut, ou l’eau vers le bas, ressentirait-il quelque chose de désagréable qui l’encouragerait à allonger ses branches, son tronc ou ses racines ?

Il est invraisemblable que la reine des termites ou des fourmis, qui est à l’origine d’une émergence de milliers de “princesses” (femelles potentiellement reproductrices), “pense” aux futures termitières ou fourmilières que ça engendrerait alors qu’elle n’a probablement jamais vu une autre colonie que la sienne dans toute sa vie. Le principe est le même pour les plantes qui produisent des milliers de graines : il est vraiment difficile d’imaginer comment son “instinct de reproduction” se manifesterait, mais, selon l’hypothèse où les plantes ressentiraient quelque chose, ce serait  certainement une sensation positive ; on serait même tenté de dire la sensation la plus agréable possible!

À l’instar du mâle animal (dont l’homme) qui ressent du plaisir intense -un orgasme- à éjecter ses semences, pourquoi est-ce que la plante n’aurait pas cette chance également ?

Ainsi, il est parfaitement imaginable que lorsqu’elle émet ses graines -donc par exemple lorsqu’un animal lui arrache un fruit mûr, ou même lorsqu’elle est pollinisée- la plante ressente du plaisir, l’équivalent d’un orgasme chez les vertébrés…

Conclusion

Si notre titre est un peu plus provocateur qu’à l’accoutumée, la question posée n’est pas totalement sans fondement et une évidence s’impose. Les personnes qui délaissent les produits animaux dans leur vie quotidienne, notamment concernant la nourriture, car ils ne veulent pas faire souffrir, peuvent consommer des fruits -c’est à dire les organes de la plante qui contiennent les graines- (rappelons que les concombres, potirons, tomates, poivrons, piments sont des fruits – le mot “légume” ne veut rien dire biologiquement) sans aucun regret. Pour obtenir des racines (carottes, patates, etc…), des feuilles (laitues, mâches, épinards, etc.) il faut souvent (mais pas toujours) tuer la plante. Pour les fruits, ce n’est pas le cas. Au pire, la plante n’est pas affectée. Au mieux, elle ressent du plaisir… un orgasme, qui sait ?

plantes_01.JPG

Vous pouvez commenter et poser vos questions ci-dessous ou nous rejoindre sur le groupe Econaturalistes.

Valéry Schollaert – dernière mise à jour le 27 août 2018

Plusieurs articles sur ce blog vous permettent de comprendre la vision holistique de la conservation de la nature que nous tentons de communiquer à tous. Voici LA PAGE D’INTRODUCTION À LA VISION HOLISTIQUE où vous trouverez aussi les liens vers les autres articles.

 

 

3 thoughts on “Lorsque vous cueillez un fruit… la plante ressent-elle un orgasme?

  1. Excellent article…
    Même si vous auriez pu vous étendre davantage sur la “souffrance” des végétaux qu’on rabâche sans cesse aux veganes -je trouve ça d’une impolitesse vraiment odieuse, en regard de ce que les omnis qui disent cela se permettent de faire aux animaux puisqu’ils consomment des animaux.
    Bref ! On est pas “sortis de l’auberge” sur ce plan.

    Merci beaucoup 🙂

    Like

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google photo

You are commenting using your Google account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s