Pigeon biset – Columba livia

Espèce de référence – publiée le 12 septembre 2018
Publication complètevoir la famille des pigeons et tourterelles Columbidae
En anglais: see Rock Dove in English

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Cette espèce, à la base un “simple” pigeon sédentaire commun sur les falaises d’Eurasie et d’Afrique, est devenue une des plus répandues et complexes suite à la domestication et aux introductions. Présent sur tous les continents, on le rencontre virtuellement partout où il y a des humains. Ses plumages varient presque à l’infini.

Ce pigeon mange et se reproduit principalement comme le fait le Pigeon ramier, notre espèce de référence à ce propos, mais le nid est plutôt installé sur une falaise (habitat originel) ou, désormais, encore plus souvent sur une structure artificielle. C’est un oiseau fréquemment présent dans les toits des maisons.

Méthode Formation Ornitho : populations férales

Les populations animales ont un rôle souvent bien déterminé dans un écosystème. Lorsque l’humain capture des individus, quelque soit les conditions de captivité, l’animal ne joue plus ce rôle. Privé de sa “niche écologique” (que l’on pourrait aussi appeler vulgairement le “travail” de l’espèce dans l’écosystème), il va forcément évoluer de façon distincte par rapport à ce qu’il aurait fait dans la nature, ou par rapport aux individus restés sauvages.

La première chose qui change lorsque les oiseaux sont mis en captivité est le plumage. Libérés de la “pression du milieux”, tous les plumages peuvent exister. Dans la nature, le mimétisme peut être essentiel à la survie. Dans une cage, ce qui détermine la survie est l’humain. Pour illustrer simplement, si le plumage gris classique est parfait pour se fondre dans les paysages de falaises où vit le Pigeon biset originel, dans une cage, un oiseau au plumage blanc peut parfaitement survivre si l’humain le décide. Or, les humains aiment souvent les oiseaux blancs, symboles de pureté et de paix.

Une fois retournés dans la nature, les oiseaux peuvent avoir acquis des nouveaux comportements qui constituent selon les cas un avantage ou un inconvénient du point de vue de l’espèce et/ou du point de vue de l’écosystème.

Dans beaucoup de cas, un passage assez court par la domestication permet aux animaux de s’habituer à la présence humaine et ainsi devenir bien plus adaptés au monde de plus en plus anthropisé. C’est ainsi que des populations anciennement menacées peuvent retrouver la santé grâce à l’apport d’oiseaux férals. C’est le cas de la Géopélie zébrée ou de l’Inséparable masqué, donc les populations prospèrent surtout depuis qu’elles ont été renforcées par des individus issus de la captivité.

Il se peut aussi que les nouvelles capacités acquises via la captivité permettent une extension majeure de la répartition mondiale, ces oiseaux devenant donc des “introduits” comme la Perruche à collier ou l’Ouette d’Égypte.

À l’inverse, une espèce restée trop longtemps sous le contrôle des humains peut perdre totalement son aptitude à la survie, et le lâcher dans la nature peut le condamner à une mort douloureuse. C’est le cas des vaches, de certains chiens mais aussi de certaines races de “canari” (descendant domestique du Serin des Canaries) pour revenir aux oiseaux.

Il existe des cas intermédiaires, où l’animal est tellement modifié (ou “dégénéré) que s’il peut survivre, il devient un danger pour l’écosystème. Les espèces introduites encore proches de leurs ancêtres sauvages ne sont habituellement pas dangereuses pour l’écosystème (contrairement aux idées reçues) mais en fait, le renforcent comme expliqué en détail ici. Dans des cas extrêmes, le comportement est tellement altéré que l’adaptation devient compliquée. Elle aura toujours lieu avec le temps (soit adaptation du comportement des individus, soit disparition de la population introduite)… sauf si l’humain l’entretien artificiellement. C’est de là que viennent les problèmes. Les chats domestiques, introduits sur des petites îles, font disparaître des espèces entières. Il y a eu de nombreux cas dans l’histoire même récente. Toutefois, sur un plus grand territoire, la nature se chargerait de se débarrasser de l’intrus (concurrence, maladie, etc.) si les humains arrêtaient d’en introduire. Voir les détails concernant le chat domestique dans notre article.

Pourquoi citer tous ces exemples ici ? Justement, car le Pigeon biset est un peu intermédiaire entre ces différents cas. Sans apport artificiel, il s’insère parfaitement dans les écosystèmes, fertilise les sol comme les autres animaux, nourrit les prédateurs comme tous les pigeons, etc. Toutefois, lorsque les activités d’élevage et de colombophilie perdurent, alors le niveau de population ne peut pas être régulé par les mécanismes naturels habituels, et la surpopulation peut exercer une pression trop importante sur les ressources et priver ainsi les oiseaux sauvages (d’autres espèces) de nourriture ou de sites de nidification. L’idéal serait donc de ne plus produire de pigeons et donc mettre fin aux activités telles que les courses de pigeons, et laisser les individus férals être régulé par la nature comme il se doit. On en reparlera avec la poule domestique (ou le Coq de Bankiva).

Enfin, concernant la “pollution génétique”, certains s’inquiètent que les phénotypes développés en captivité se répandent dans toute la population et que les sous-populations encore “pures” (donc au phénotype originel, stable) ne disparaissent. La réponse est simple : elles disparaîtront, c’est inéluctable vu la quantité de pigeons férals qui existent déjà. C’est sans doute dommage pour l’esthétique, mais ça ne dérange que nous. Cela ne fera pas disparaître l’espèce…

Taxonomie et sous-espèces

Il est proche du Pigeon des neiges et du Pigeon des rochers, deux espèces asiatiques. Il y a au moins 14 sous-espèces qui ont été décrites, 9 sont actuellement reconnues sur HBW Alive. Tenter de garder cette classification comme le font les références scientifiques semble toutefois peu crédible. Le Pigeon biset féral a été introduit partout et les populations “sauvages” se voient “polluées” par des individus au patrimoine génétique différents. La notion de sous-espèce implique un certain isolement de populations par rapport à d’autres, permettant une divergence certaine mais sans atteindre une barrière génétique totale. En introduisant des pigeons au patrimoine génétique mélangé de diverses sous-espèces, ayant perdu la nécessité d’un phénotype particulier avec la domestication, la population mondiale est en train d’être uniformisée et les différences entre les populations ont disparu ou sont en passe de l’être. Le comportement de l’humain banalise le paysage, banalise forcément la biodiversité en favorisant les espèces qui apprécient ces paysages que nous façonnons et en écartant les autres de fait. De plus, la domestication uniformise aussi les espèces polytypiques qui perdent leurs particularités régionales : ce pigeon en est l’exemple le plus spectaculaire, sans doute suivi par le Canard colvert et l’Oie cendrée.

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[Espèce Nº151 du projet d’encyclopédie holistique]

Photos et textes © Valéry Schollaert 2018

Liste des autres espèces illustrées: taxonomiquejour par jour

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