Grand Gravelot – Charadrius hiaticula

Espèce de référence – publiée le 2 février 2018
Publication complète – famille des Charadriidae (gravelot, vanneaux, etc.)
En anglais: Common Ringed Plover in English

Charadrius_hiaticula_mainLe Grand Gravelot est un Charadrius de taille moyenne (malgré son nom français) qui niche dans le nord entre l’extrême est du Canada et le détroit de Béring (il est remplacé entre ces deux extrêmes, par le Gravelot semipalmé). Il hiverne principalement en Afrique où il est très répandu y compris à l’intérieur des terres, sur certaines côtes européennes et indiennes, et au Moyen-Orient. Malgré le fait que son aire de répartition soit immense, et qu’on a l’impression d’en voir “tout le temps”, la population mondiale ne serait que de l’ordre du million d’individus, et en diminution.

Cet oiseau niche dans la toundra et des milieux côtiers nordiques où il pond (en général 4 œufs) dans une simple dépression au sol, tout juste aménagée avec un peu de végétation. Il vit en couple fidèle pour une saison, voire d’année en année. Certains couples acceptent occasionnellement l’aide d’un troisième individu pour couver et prendre soin des poussins. L’incubation dure environ 24 jours, et les oisillons s’emplument en 24 jours également.

Comme la plupart des Charadriidae, il consomme des invertébrés divers capturés à la surface du sol (vasières, plages, etc.), éventuellement couverte de quelques millimètres d’eau.

Concernant l’identification de ce gravelot et des espèces proches, voyez notre article les gravelots européens.

Méthode Formation Ornitho : les noms français scientifiques ou politiques ?

Dans certaines listes “modernes”, cet oiseau porte le nom bizarre de “Pluvier grand-gravelot”. En plus d’être peu pratique, ce nom est un non-sens scientifique et n’est pas non plus le nom vernaculaire traditionnel. Mais est-ce que les noms français doivent-être “scientifiques” ? Comment un tel nom a pu avoir été inventé et pourquoi ? Cette explication étant valable pour de nombreux exemples, le Grand Gravelot sera la référence de notre site pour ces questions.

L’idée d’avoir une liste de noms français unifiés pour tous les oiseaux du monde est sympathique et a été formalisée en 1990 par la création de la Commission Internationale des Noms Français des Oiseaux (CINFO), notamment sous l’impulsion de spécialistes belges et canadiens. Pour les espèces exotiques qui n’ont pas de noms traditionnels en France ou au Québec, c’est facile. Il n’a pas été difficile de se mettre d’accord pour appeler l’espèce Bucorvus abyssinicus “Bucorve d’Abyssinie”, par exemple. Mais comment gérer les oiseaux qui ont leurs noms traditionnels de part et d’autres de l’Atlantique qui sont différents ? En Europe, les Gavia sont appelés “plongeons” et en Amérique, les francophones disaient “huards”. Pour ce genre de cas, la science n’a pas son mot à dire : l’un n’est pas plus “correct” que l’autre. Pour simplifier, c’est rapidement devenu une négociation plus “politique” que scientifique. L’idée était de “laisser” une partie des noms aux québécois et une autre partie aux français. Ainsi, en 1993 les québécois ont laissé le nom “huard” pour adopter le terme français de plongeon ; en échange, les français ont accepté de changer le nom de Gavia immer de Plongeon imbrin à Plongeon huard ainsi que divers autres exemples comme Spatula discors qui est passée de Sarcelle soucrourou à Sarcelle à ailes bleues, etc.

Or, nombreux sont les noms québécois influencés par l’anglais. C’est ainsi que les gravelots, vanneaux (sauf le huppé) et tous les Charadriidae étaient appelés “plovers” en anglais, et “pluviers” en français (les vanneaux sont toutefois devenus “lapwings” en anglais). Il n’y a pas de vanneaux au Québec, donc pas de nom “traditionnel” de ce genre. Dans les négociations de la CINFO, les québécois ont gardé “pluviers” pour eux et c’est ainsi que, selon cette commission, “Gravelot à collier interrompu” devient “Pluvier à collier interrompu”, etc. Toutefois, pour le Petit Gravelot et Grand Gravelot, c’est moins facile de changer. Alors la commission a simplement ajouté “pluvier” devant les noms traditionnels, devenant ainsi Pluvier grand-gravelot et Pluvier petit-gravelot.

Il y a cependant de gros problèmes avec ces noms, car ils contredisent des règles importantes que la commission a elle-même fixées. Par exemple, la CINFO a, très justement, changé le nom des Saxicola de “traquet” à “tarier” pour conserver une relation entre le genre scientifique et l’équivalent français (Oenanthe = traquet, Saxicola = tarier). Ainsi, l’ancien nom du Tarier des prés était “Traquet tarier”. Au moins pour des raisons didactiques, c’est positif, mais aussi pratique. Comment trouver des noms français pour toutes les espèces qui portent le même nom de genre ? Ainsi, auparavant, tous les rapaces nocturnes sans “aigrettes” s’appelaient “chouettes” : Chouette effraie, Chouette chevêche, Chouette chevêchette, Chouette harfang, etc. La CINFO a donc introduit des tas de nouveaux genres en français : effraie, chevêche, chevêchette, harfang…

L’idée de faire correspondre un genre français avec un ou plusieurs genres scientifiques, sans tout mélanger, paraît donc positif… mais l’histoire des gravelots va totalement à son encontre. En effet, “pluvier” vient du latin “Pluvialis” qui est un genre différent des Charadrius, donc il est préférable de garder “gravelot” pour Charadrius et pluvier pour “Pluvialis“.

L’usage peut influencer les décisions de la CINFO. En effet, alors qu’il est unanimement admis que les Aegithalidae et les Paridae sont des familles bien distinctes, que tous les Paridae s’appellent “mésanges” en français de part et d’autre de l’Atlantique, Aegithalos caudatus a été appelée “Mésange à longue queue” par la CINFO dans ses premières publications. Il lui a fallu plus de 15 ans pour finalement l’appeler Orite à longue queue. La raison de ce retard est simple : cela paraissait simplement trop difficile à faire passer ce changement aux yeux du grand public.

Garder le même nom de genre pour des oiseaux de familles distinctes était néanmoins intenable par rapport au souhait de la CINFO d’avoir une nomenclature cohérente. Ça nous ramène à nos gravelots : bien que ce ne soit pas encore largement admis, il y a des études qui montrent clairement que les pluviers Pluvialis ne peuvent pas être classés dans les Charadriidae, car ils sont basaux de cette famille et d’autres. Autrement dit, les pluviers et les gravelots sont des oiseaux très distincts, et leur donner le même nom de genre en français contredit toute logique, selon tous les points de vue. Qu’on soit attaché à la valeur “traditionnelle” des noms français, à leurs côtés pratiques, à leur aspect didactique ou à leur cohérence par rapport à la classification scientifique, il est largement préférable d’appeler les Charadrius “gravelots”, et non pas pluvier. C’est ce que nous faisons sur ce site, et encourageons tout le monde à faire pareil, en espérant que l’usage oblige la CINFO à revoir sa position illogique (par rapport à sa propre philosophie) sur la question.

Pour en savoir plus sur la CINFO :  il ne semble pas y avoir de site internet propre à la commission, mais une petite description sur Wikipedia et, beaucoup plus important, Avibase utilise les noms français de la CINFO, qui sont alors suivi dans de nombreuses références internationales.

Taxonomie et sous-espèces

Cette espèce est sœur avec le Gravelot semipalmé et se divise en trois sous-espèces. Comparée à la sous-espèce nominale (qui niche en France, au Royaume-Uni et dans le sud de la Scandinavie), les deux autres (plus nordiques) diffèrent en teinte de couleur des parties supérieure et en pattern de mue. C. h. psammodroma (qui niche de l’extrême est du Canada jusqu’au Svalbard) a le front blanc plus réduit que C. h. tundrae (qui se reproduit du nord de la Scandinavie au détruit de Béring). Voir plus d’explications sur les photos.

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[Espèce Nº33 du projet d’encyclopédie holistique]

Photos et textes © Valéry Schollaert 2018 – 2020

Liste des autres espèces illustrées: taxonomiquejour par jour

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