L’élevage non industriel est pire que l’industriel pour la biodiversité et le climat

Les mouvements “anti-viande” se développent partout dans le monde : antispécistes, végans, végétariens, animalistes ou encore parfois avec d’autres dénominations (dont nous analyserons les nuances dans d’autres publications). Ces mouvements sont souvent très distincts des mouvements écologistes et naturalistes, bien que l’élevage soit un problème majeur pour la conservation de la biodiversité et la lutte contre le réchauffement climatique. Ainsi, parallèlement, on entend des voix, en particulier celles de scientifiques, qui demandent de revoir le modèle agricole, notamment celui de l’élevage. Différents points de vue se “croisent” donc, provoquant parfois des malentendus dont un principal que nous allons lever ici.

vaches_industriellesLes divers “animalistes” sont préoccupés par la cause animale et parviennent à sensibiliser le grand public via différentes actions, notamment grâce à des caméras cachées dans les élevages et les abattoirs. Si le but final de ces associations est généralement l’abolition des élevages et abattoirs, certaines y vont progressivement et espèrent au moins provoquer un rejet total des élevages industriels qui sont, à n’en point douter, le pire du pire pour les animaux. Le succès est partiellement au rendez-vous, la prise de conscience est massive dans certains pays (voyez ici un sondage détaillé réalisé en France) ; on constate, en effet, que la majorité des occidentaux estiment que les conditions d’élevage dans les fermes-usines sont inacceptables.

L’impact négatif des élevages sur les forêts et le climat devient également assez connu, avec une multiplication des études sur le sujet, assez fréquemment relayées dans la presse “mainstream”. Voyez par exemple cette vidéo publiée par Le Monde.

vacheetveauToutefois, ces informations se mélangent et nombre de personnes préoccupées par la “planète” (la biosphère), que ce soit par rapport aux populations d’animaux sauvages, la biodiversité,  aux espaces naturels ou le climat, ratent souvent un point crucial. En effet, ils répondent généralement aux animalistes que oui, il faut lutter contre les élevages industriels… Mais que les petits élevages “de qualité” ou les “poules dans son jardin” ne posent aucun problème écologique.

On va voir ci-dessous que cet amalgame est faux. Pour le bien-être animal, répétons-le, oui l’industriel est certainement le pire mais, pour la nature, c’est loin d’être aussi simple. Les informations ci-dessous vont démontrer que le problème est bien l’élevage et pas le fait qu’il soit industriel ou non ; on va même voir que les élevages non industriels menacent encore plus la biodiversité et le climat que les élevages industriels sur certains aspects.

1/ Quel est le problème avec l’élevage ?

productionviandeC’est un sujet que nous avons souvent abordé sur ce site et la chaîne Youtube associée. Le point principal est le besoin d’espace qui est résumé de façon simpliste sur le “mème” ci-joint. Nous avons mis des chiffres plus précis dans un article très court. Globalement, il faut retenir que l’élevage occupe près de 80% des terres exploitées par l’agriculture mais ne produit que 20% de la nourriture consommée par les humains. Or, c’est justement la destruction des espaces naturels qui est la première cause de la perte de biodiversité et de la diminution des populations d’animaux sauvages. L’élevage étant, de toutes les activités humaine, la plus consommatrice d’espace, c’est forcément la première cause de destruction des milieux naturels.

Il se pourrait que le réchauffement climatique provoque encore plus de disparitions d’espèces que la destruction des milieux, selon certains scientifiques (c’est très discutable). Dans ce cas… ça ne change presque rien : l’élevage étant une cause majeure du réchauffement climatique (voir sur cette vidéo comment la fin de l’élevage est nécessaire pour arrêter le réchauffement climatique), il restera en tête de la cause de l’extinction de masse.

Cette réalité-là n’est, elle, plus discutée par aucun scientifique. Il y a d’autres effets négatifs de l’élevage, comme la production massive de lisier (d’où l’eutrophisation, les algues, etc.),  aspect pour lequel l’industriel peut être pire que le non industriel ; mais gardons ici le principal : destruction des milieux naturels ou, dans le langage courant, la déforestation.

monocultureUn point crucial à garder à l’esprit, c’est que ce n’est plus tellement pour mettre des vaches dans des prairies qu’on déforeste, mais principalement pour créer des monocultures de maïs, de soja ou d’autres fourrages. Cela relativise un peu l’idée qu’une prairie est meilleure qu’un champ pour le climat et la biodiversité. En effet, les plus grandes surfaces de monocultures ne servent pas à produire la nourriture humaine végétale, mais très majoritairement à nourrir le bétail.

Voyons si ce problème d’espace pourrait être amélioré selon le type de production.

2/ Impact de l’élevage industriel vs non industriel

Pourquoi industrialise-t-on l’élevage ? Pour le profit est sans aucun doute la première réponse qui vient à l’esprit. En quoi entasser les animaux et les gaver de nourriture bon marché, avec des antibiotiques, des hormones, de la B12 et autres suppléments augmente-t-il la rentabilité ?

La réponse est assez simple : on produit plus et plus vite. Quand on dit plus… c’est plus de quantité de viande (volaille et poisson inclus), de lait ou d’œufs par unité de surface. Une autre façon de le dire est qu’on diminue le besoin d’espace.

Rappelons aussi que les élevages ont été industrialisés dans les années 60 et 70 car, du fait de l’augmentation de la population mondiale, il n’y avait plus l’espace pour continuer les élevages extensifs tels qu’ils existaient alors. Les élevages non intensifs n’étaient déjà plus soutenables avec 3,7 milliards d’humains (en 1970), comment pourraient-ils l’être en 2020 avec le double de cette population humaine ?

De plus, les antibiotiques, hormones lorsqu’elles sont autorisées, ainsi que d’autres suppléments ou médicaments servent bien souvent à accélérer la croissance.

Voyez par exemple cet article qui milite pour un élevage non industriel et une amélioration du bien-être animal. Il  y est expliqué qu’un poulet industriel prend jusqu’à 90 grammes de poids par jour et vit moins de 40 jours, alors qu’un poulet “bien traité” vit 85 jours ou plus. On n’y parle toutefois pas d’espace ni de l’impact écologique.

En vivant deux fois plus longtemps, on double le besoin d’espace pour ces poulets… s’ils étaient dans les mêmes conditions. Néanmoins, un des principes des élevages “respectueux” est de donner plus de place aux animaux. Donc, dans ce cas, l’espace qui leur est réservé sera triplé, voire quadruplé.

Concernant la nourriture qui est fournie aux poulets. Si elle est produite de façon raisonnée ou “bio”, c’est plus respectueux de la santé, des animaux des champs, mais cela demande un peu plus d’espace que de l’intensif. De plus, il faut nourrir les poulets deux fois plus longtemps. Aucun doute qu’un animal qui vit 100 jours mangera plus qu’un autre qui ne vit que 40 jours. lacedwardbetailDonc il faut considérablement augmenter les surfaces agricoles pour nourrir l’animal “respecté”, bien plus que celles nécessaires à l’animal vivant dans une ferme-usine.

Or, la première cause de déforestation étant l’élevage, si on le désindustrialise, on va donc considérablement accélérer la destruction des milieux naturels ! Voyons cela en détail ci-dessous.

Et si on désindustrialisait l’élevage ?

Les chiffres concernant les proportions entre l’élevage industriel et non industriel varient, car cela dépend des critères utilisés pour définir un élevage “industriel”. Toutefois, il y a consensus pour dire qu’une large majorité des produits animaux viennent de systèmes intensifs. Pour simplifier, et sachant que c’est une sous-estimation, partons du principe que 50% des élevages sont intensifs dans le monde.

propagandeindustrielle

Sachant que l’élevage occupe environ 34% des terres émergées, 17% de notre planète seraient consacrés aux élevages intensifs. Si on désindustrialisait ces élevages, il faudrait de la place pour mettre tous les animaux concernés dans de meilleures conditions, et pour qu’ils puissent vivre plus longtemps. Rappelons que pour garder la même production avec des animaux qui vivent deux fois plus longtemps, il faut le double de place.

Pour nourrir ces animaux, il faudra aussi plus d’espace : non seulement leur vie plus longue va nécessiter plus de nourriture, mais en améliorant les pratiques agricoles (moins de pesticides et engrais issus de la pétrochimie, sans les OGM, etc.), on va diminuer un peu la productivité, donc il faudra aussi plus d’espace.

Si on compte 100% d’espace en plus pour les animaux et 50% de plus pour la nourriture, l’augmentation de la surface nécessaire pour les élevages sera forcément comprise entre 50 et 100%. Considérons une médiane de 75%.

Hors, 75% de 17%, c’est plus de 12%. On peut désindustrialiser les élevages en y  consacrant 12% des surfaces émergées… en plus. Il est probable que les espaces naturels ne couvrent plus que 10% de la surface terrestre. L’IUCN estime à 14,7% les zones naturelles protégées, mais il ne s’agit que de théorie. Pongo abelii_1De nombreux parcs nationaux qui comptent pour une proportion significative de ce total ne sont que des traits sur une carte, et d’autres sont réduits, de fait… notamment par l’élevage illégal, voyez des exemples ici : en Colombie, au Cameroun, au Kenya, au Brésil… et malheureusement dans de nombreux autres pays.

Autrement dit, il faudra raser toutes les réserves naturelles, tous les parcs nationaux (finis les éléphants, les girafes, les lions…), toutes les forêts (adieu l’Amazonie, adieu les orangs-outans), assécher tous les marais (fini le Bec-en-sabot)… et ce ne sera pas encore assez pour installer tous les animaux et leur nourriture (puisqu’il manquera encore 2% de la surface terrestre).

Conclusion

Il devrait y avoir unanimité sur le fait que les conditions très inhumaines des élevages industriels sont totalement inacceptables. Toutefois, contrairement aux idées reçues, consommer de la viande ou d’autres produits animaux venant d’élevages moins intensifs n’est en rien une solution réaliste, encore moins durable. Au contraire : ce changement provoquerait une déforestation massive, décimant au passage les dernières populations d’animaux sauvages.

lesechossolsLes surfaces terrestres ne sont pas infinies. Pire, entre urbanisation, désertification (voir ci-contre) et montée du niveau de la mer, la taille des terres qui produisent de la nourriture (pour les humains, pour les animaux d’élevage ou pour la faune sauvage) diminue. On comprend donc que plus il y a d’animaux d’élevage, moins il y a d’animaux sauvages. Or, la situation est déjà dramatique : plus des deux tiers des oiseaux de la planète sont de la “volaille” (voir notre page sur les poulets ici), et seul un tiers concerne les quelque dix mille espèces sauvages, les plus abondantes (corbeaux, goélands, travailleurs, pinsons, étourneaux), les espèces introduites et invasives incluses. Notez que c’est pire chez les mammifères : les espèces sauvages ne totalisent plus que 3% de la biomasse de cette classe (alors que 36% sont les humains et 61% sont constitués du bétail).

Ainsi, pour diminuer l’impact de cette masse d’animaux sur les milieux naturels et le climat, la seule solution est de diminuer leur nombre, donc d’augmenter le nombre de végétaliens, ou de gens qui mangent très peu de produits animaux. Pour avoir une idée de ce qu’un Européen peut consommer comme produits animaux sans dépasser les capacités de production des écosystèmes du continent, voyez notre vidéo détaillée sur le sujet… la conclusion pourrait vous étonner !

Il y a divers liens dans le texte qui confirment les propos de cet article. Ce récent appel de scientifiques donne également une quantité impressionnante de preuves que la végétalisation de l’alimentation s’impose pour que la planète reste vivable.

ForumEconaturalistes

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Valéry Schollaert – 09 mars 2020

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6 thoughts on “L’élevage non industriel est pire que l’industriel pour la biodiversité et le climat

  1. Bonjour, article très intéressant… cependant vous partez du principe d’un pourcentage identique de consommation. Hors si la consommation individuelle diminuait et que les élevages intensifs disparaissaient… est ce qu’on arriverait pas à une situation identique à celle actuelle pour la planète mais la maltraitance animale en moins. Ce serait toujours meilleur que ce qu’il se passe actuellement.

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    1. C’est toujours mieux de diminuer que de continuer sans rien changer, c’est vrai, mais n’oubliez pas les proportions. Les gens peut-être diminuer de moitié leur consommation quotidienne de nourriture mais pas de 90%. Or, les élevages, ça va jusqu’à 96% de gaspillage de nutriments et d’espace.

      C’est ainsi que je montre avec des chiffres, dans cette vidéo, que pour respecter ce que l’écosystème européen peut produire, c’est consommer animal une ou deux fois par an qui est raisonnable, pas plus. https://youtu.be/NJgaVEzT9i0

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